Conférence Isabelle Filliozat « Pour une éducation positive »

Isabelle Filliozat Tarnos

 

 

Vous pouvez écouter l’enregistrement de l’article sur la conférence d’Isabelle Filliozat « Pour une éducation positive » en cliquant sur le bouton play dans la barre ci-dessus ou le télécharger en cliquant sur ce lien.

 

Salle comble, 500 personnes, à Tarnos. Au vu du succès de cette conférence, on peut vraiment dire qu’une nouvelle forme d’éducation est en marche et ça, ça met du baume au cœur.

Le chemin à parcourir est encore long. Isabelle Filliozat ne manquera pas de nous le rappeler à la fin de sa conférence : «Il faut militer pour réintroduire nos enfants dans la société ». Mais les choses bougent.

Oublié le jargon de psy. Plutôt des mots simples, des exemples concrets, une posture à l’américaine, debout avec un micro Madonna, Isabelle Filliozat n’était pas venue là pour rester confortablement assise dans un fauteuil pas plus que pour nous laisser passivement assis dans les nôtres.

Non, la conférencière est venue nous chercher. D’abord en nous rassemblant par groupe de 6 pour nous faire réfléchir pendant sept minutes à LA question que notre groupe allait lui poser.

Elle est venue nous déranger ensuite par des phrases-miroir pleines de bons sens.

 « Ce qui est curieux quand on est parent c’est que, quand quelque chose ne marche pas, eh bien on le refait… »

« Avec nos enfants, on perd notre sens commun. C’est vrai ;  quand le lait déborde de la casserole, est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de mettre un couvercle dessus ? 

Alors pourquoi quand nos enfants « débordent », notre premier reflex est de mettre des limites alors qu’il suffit de baisser le gaz ? »

Ah bon Isabelle ? Alors les limites il n’en faut pas selon vous ? Ca m’ennuie, je crois que j’en ai plein mon blog…

Des règles plutôt que des limites

Eh non Blandine, pas de limites mais des règles oui.

« Les enfants adooorent les règles nous dit Isabelle Filliozat : ils aiment qu’on leur dise : « ça, ça se fait comme ça. » 

En revanche ils ne comprennent pas les limites qui les empêchent de développer leur responsabilité. Et puis surtout s’ils ne comprennent pas les limites c’est parce qu’elles se définissent par la forme négative : « Ne touche pas à la porte du placard », « Ne tape pas ton petit frère», « Ne cours pas dans le couloir». Or l’enfant n’entend pas la négation. Lui ce qu’il entend c’est « touche placard », « tape petit frère », « cours couloir ».

Ce qu’il faut c’est leur dire les choses à l’affirmative : « La porte du placard reste fermée ». Et j’imagine donc : on tape son oreiller et on court dehors…

Ah voilà, ça me rassure, J’avoue que je ne faisais pas vraiment la distinction entre règles et limites mais cette subtilité reste cohérente avec ma ligne éditoriale… quoiqu’il faudrait peut-être que je revoie mon article « 4 raisons de poser des limites ».

L’autorité n’est pas un débat d’idée…
allons plutôt voir du côté des hormones

Isabelle Filliozat lit une question pendant la conferenceAlors qu’elle répondait à la question d’une professionnelle de la petite enfance qui regrettait que certains parents autoritaires ne partagent pas avec elle le même intérêt pour la discipline positive, Isabelle Filliozat a appuyé sur le fait que l’autorité n’est pas un débat d’idée.

La meilleure manière de  faire avec un parent qui ne se montre pas empathique avec son enfant est de se comporter avec lui de la manière dont on aimerait qu’il se comporte avec son enfant.

Pour un professionnel de la petite enfance, par exemple, il s’agit d’établir la connexion avec lui, se montrer empathique, sans aucun jugement.

Waouh ! Encore une fois, que d’arguments en faveur de plus de tolérance !

Et oui, comme pour les enfants, notre rôle est d’être un modèle.

De mon côté je ne peux m’empêcher d’illustrer cette recommandation par le propos de Gandhi « Incarne le changement que tu veux voir dans le monde »…

Ce que l’on peut faire, en outre, c’est aider le parent à réguler son stress et comprendre ce qui l’amène à être autoritaire.

L’explication on peut la trouver dans la production d’hormones. En présence d’un enfant, la mère produit de l’ocytocine. Cette hormone apparait comme une hormone de l’attachement. Elle induit un comportement protecteur de la mère vis-à-vis de ses enfants. Elle augmente aussi le sentiment d’empathie et de confiance des hommes les uns vis-à-vis des autres.

En parallèle, lorsqu’elle est secrétée dans le cerveau du parent, cette hormone réduit la production de cortisol qui est l’hormone du stress et de l’anxiété.

L’ocytocine régule ainsi, indirectement le stress du parent.

Jusqu’ici tout va bien. Oui mais…

La  production de l’ocytocine dans le cerveau adulte, poursuit la conférencière, serait liée à la quantité d’ocytocine produite dans l’enfance. Un adulte dont le besoin d’attachement aurait été peu comblé durant l’enfance, aurait produit peu d’ocytocine et aurait par conséquent développé moins de récepteurs à ocytocine.

Cela expliquerait que certains parents dont le cerveau secrète moins d’ocytocine, se montrent moins empathiques et plus stressés car leur sécrétion de cortisol, elle ne baisse pas.

C’est en ça qu’Isabelle Filliozat nous affirme que l’autorité n’est pas un débat d’idée mais la conséquence d’une construction du cerveau qui remonte à l’enfance.

« Mais rassurez-vous, ça se répare, nous dit-elle, on peut recréer toute sa vie un récepteur à ocytocine. »

La suite de la conférence ne nous dit pas comment. Je pense que la question mérite d’être creusée.

Autre thème abordé, suite à une question posée : le sommeil.

Le sommeil

Un enfant ne s’endort pas parce qu’on lui demande de s’endormir mais quand la mélatonine est secrétée.

Et oui, si quelqu’un nous dit « tu dois dormir », que se passe-t-il? Paf ! ça nous réveille.

Il faut savoir aussi que l’heure du coucher est culturelle. En France, l’heure du coucher est traditionnellement 20h quel que soit l’âge de l’enfant. Dans d’autres cultures c’est 18h, dans d’autres c’est 22h.

A nous d’observer nos enfants pour estimer leur heure de sommeil.

Quand un enfant se frotte le visage, même le nez ou les oreilles, c’est un indicateur qui nous dit « je suis fatigué ».

L’important est de s’assurer que ses besoins sont comblés, en particulier son besoin d’attachement. L’affection, les câlins, le temps passé avec eux vont agir comme le carburant qui va permettre à l’enfant de pouvoir se séparer de nous toute la nuit.

Le réservoir de carburant affectif doit être bien plein.

Et quelque fois avec certains enfants, c’est plus long car le réservoir est percé…

Notre rôle n’est donc pas de mettre des limites d’heure mais d’être facilitateur d’endormissement.

La sécrétion de la mélatonine qui nous sert à mesurer le temps est bloquée par la lumière. La télévision et toute autre forme de sollicitation doit être coupée au minimum une heure avant le coucher, mais il faut faire attention aussi à la lumière de la salle de bain. Pourquoi ne pas opter pour une lumière tamisée dans la salle de bain pour se brosser les dents ?

Quelque fois aussi on a laissé passer le train du sommeil qui était un peu plus tôt et il est difficile pour l’enfant de s’endormir en plein cycle ; il faut attendre que le prochain train passe car même si l’enfant est épuisé, il n’arrive plus à s’endormir.

Isabelle Filliozat a aussi évoqué le cas particulier des ados.

Elle a confirmé ce que je savais déjà : notre société ne respecte pas les besoins physiologiques des ados. La mélatonine se décale à l’adolescence. Les adolescents ne peuvent physiologiquement pas s’endormir avant 23h, voire même plus tard et ça n’a rien à voir avec les écrans !

Un adolescent ne devrait pas avoir à se lever avant 9h…

Etre attentif aux besoins physiologiques

et au développement  de l’enfant

Conférence "pour une éducation positive"C’est un cheval de bataille que je connaissais d’Isabelle Filliozat : nous faire prendre conscience des étapes du développement de l’enfant pour nous amener à être plus tolérant avec eux. Ecouter leur développement et leurs besoins physiologiques plutôt que nos contraintes sociétales et nos principes culturels.

Nous avons vu le cas de l’endormissement mais il y en a d’autres :

-Le  cas de l’enfant qui éprouve du dégoût pour un aliment : est-ce qu’il n’est pas en train de développer son organe voméronasal ; un organe qui sert à nous protéger en nous faisant éprouver du dégoût pour certains aliments ?

-Il y a aussi le cas de l’enfant qui se balance sur sa chaise : est-ce qu’il n’est pas tardivement en train de développer son oreille interne parce qu’on ne lui a pas assez laissé l’occasion de la développer plus petit ?

Ce qui est sûr c’est qu’à tout âge, il y a un besoin qui est essentiel c’est celui de l’attachement.

Attention Danger !

L’urgence de tout parent c’est de faire du lien, combler le besoin d’attachement, d’amour de ses enfants, rétablir la connexion. Et là, vous imaginez comme ce mot me parle, rappelez-vous le nom de ce blog… Mais attention…

J’ai réalisé quelque chose d’aussi surprenant qu’inquiétant au cours de cette conférence.

Si nous perdons le lien avec nos enfants – vers 8-10-12 ans, eux ne vont pas perdre leur besoin de lien. Ils vont donc avoir besoin d’en créer ailleurs. Les nouvelles technologies vont très naturellement prendre le relais. Le téléphone portable, les réseaux sociaux vont combler leur besoin d’attachement mais en dehors du cercle familial et leur permettre de tisser du lien avec leurs amis.

Ce qui devient important pour eux est de s’attirer l’attachement des copains. Et souvent pour plaire aux copains il vaut mieux ne pas plaire trop à maman… ni à l’autorité en général. Par exemple, dès 8 ans on a un meilleur statut social dans la classe quand on se fait punir, quand on a des mauvaises notes.

Bon sur ce dernier point, je ne pense pas qu’on puisse faire de généralité. Mais attention effectivement au besoin de liens que les enfants vont trouver chez leurs copains s’ils ne le trouvent pas à la maison. Est-ce vraiment au copain de 8 ans de devenir LA référence de mon enfant ?

Et je comprends facilement que ça n’est pas en lui posant des limites que je vais créer de la connexion et que mon enfant va être disposé à me faire plaisir. D’où l’importance de garder cette connexion, même dans l’autonomie, même dans les moments de conflit.

Dans le cas de l’enfant de 8 ans qui accumule les mauvaises notes, on peut discuter avec lui de son statut social à l’école plutôt que de ses notes. Encore une fois il faut l’aider à trouver des ressources, plutôt que lui mettre des limites et réfléchir avec lui à la question :

« Comment être populaire dans la classe sans être obligé de se faire punir ? »

Et quand j’ai un doute ?

Un des moments qui m’a le plus interpelée est une réponse d’Isabelle Filliozat quand une question a été posée sur le rangement.

Isabelle Filliozat nous a donné une clé que je possède précieusement et que j’utilise souvent. 

Elle nous a dit « Quand j’ai un doute sur quelque chose, je me projette dans quelques années. La maison est bruyante, je suis fatiguée, les chambres sont en désordre. Oui mais… dans quelques années ? La maison sera très calme, trop calme et les chambres seront bien rangées et jamais dérangées. Alors je me souviendrai avec nostalgie des tasses qui trainaient et du linge sale qui stagnait dans les sacs de sport. »

Alors je me dis au fond n’est-ce pas là le secret : dans les moments de tension se projeter dans quelques années pour mieux vivre l’instant présent avec mon enfant.

 

Conférence du 22 janvier 2016 à Tarnos (Landes), organisée par l’A.R.C l’Association de Recherche de Castillon

Isabelle Filliozat est psychothérapeute et auteure. Elle a écrit de nombreux livres sur le thème de la parentalité pour une approche empathique de l’enfant, notamment

Au coeur des émotions de l’enfant, Ed. marabout (9 janvier 2013)

Il n’y a pas de parent parfait, Ed. marabout (20 mars 2013)

J’ai tout essayé, Ed. marabout (9 janvier 2013)

Il me cherche, Ed. marabout (1 janvier 2016)

 

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4 commentaires

  • Naima

    Bonjour Blandine
    Merci pour ce super CR.Très intéressant et plein de sagesse.Je vais le partager avec mon cercle de mamans. Tout ce qui a été évoquéest très interesse intéressant et instructif.Le problème auquel on est tous confronté c est le grd stimuli auquel on est confronté et qui entraîne l’enervement.On est justement trop connecté et ca concurrence la vie de famille.On est pris par notre travail, l intendance du domicile les devoirs des enfants les loisirs et du coup. Comment gèrer tout ça et résister a l addiction des connexions….dur durde vivre au 21 ème siècle

    • Bonjour Naima, la première des connexions à avoir est celle que nous avons avec nos enfants: le lien de communication qui nous relie à nos enfants. C’est ça qui doit faire de nous des familles connectées.

  • Super ce podcast Blandine 😉

  • Pingback: Cerveau de l’enfant et apprentissage, 3 erreurs à éviter

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