Somatisations, ce que les maladies de nos enfants nous révèlent

enfant qui somatise

Cet article est une contribution au laboratoire d’idées « Vers un monde meilleur ». Ses membres publient une fois par mois un article sur un thème commun. Ce mois-ci je suis l’organisateur avec le thème « Communiquer sans parler ».

Angines à répétition, maux de ventre chroniques, eczéma, autant de maux ou de maladies déclarées par nos enfants et qui nous préoccupent et nous occupent.

De cabinets de médecins en pharmacies, nous courons à droite et à gauche pour remédier à ces maladies qui, pourtant semblent revenir continuellement. Elles nous poussent à recourir toujours aux mêmes traitements ou au contraire à en explorer de nouveaux qui mettraient un terme définitif à ces désagréments de santé.

Et si c’était autre chose ?

En fait, nous entendons souvent les maux comme des maladies au lieu de les entendre comme des langages. Et si ces maladies n’étaient qu’une expression d’un mal plus profond, caché, et même ignoré du malade lui-même ?

Il pourrait s’agir de somatisations, c’est-à-dire de l’expression physique d’une souffrance psychique. Nous somatisons lorsque nous avons tendance à éprouver ou à exprimer une souffrance physique en réponse à un stress ou un traumatisme psychique.  On parle de maladie psychosomatique lorsqu’une pathologie physiologique semble avoir pour cause un problème psychique.

Les somatisations peuvent se développer à tout âge mais le sont de façon particulièrement prononcée chez les enfants.

Pourquoi somatise-t-on?

Une maladie peut être la manifestation d’un langage symbolique lorsque l’on tente d’exprimer ce qu’on ne peut mettre en mots parce qu’on ne sait pas/ peut pas le dire (les bébés et les jeunes enfants par exemple), parce que ce n’est pas clair, parce que c’est indicible, parce que c’est insupportable, parce que c’est contradictoire, parce que c’est menaçant. La maladie devient alors un signal, une alerte.

Quelles maladies?

Ces maux les plus fréquents dont se plaignent les enfants sont les maux de ventre, les maux de tête, les « mal au cœur », les otites, les difficultés à s’endormir, l’asthme. Les problèmes de peau sont aussi particulièrement symptomatiques des somatisations : eczéma, psoriasis, allergies ou autre éruption cutanée.

Quelles sont leurs origines ?

Les maux somatiques sont un moyen pour le corps de dire que quelque chose ne va pas. Le corps nous alerte qu’il y a un décalage trop grand entre les besoins, les attentes de la personne malade et les réponses de l’entourage.

Pour le psycho-sociologue Jacques Salomé, ces maux seraient d’origine relationnelle. Dans son livre « Papa, Maman, écoutez-moi vraiment », il dénombre 5 origines relationnelles :

1/ Le conflit intra personnel

L’origine du mal se trouve par exemple dans un décalage entre ce que l’on pense et ce que l’on fait :

« Je veux être grand mais je refuse de manger tout seul »

2/ Le décalage entre ce que l’on ressent et ce que l’entourage attend de nous :

« Je ne suis pas content de l’arrivée d’un petit frère mais tout le monde veut que je montre ma satisfaction »

3/ Les pertes et séparations

« On m’a dit que mon grand-père était parti au ciel alors je rêve de prendre l’avion pour le voir parce que je l’aime et je voudrais le voir »

4/ Les situations inachevées ou les non-dits

Ce sont des émotions ou des situations qui peuvent notamment être vécues par la mère ou par le père au moment de la naissance de l’enfant et qui lui ont été cachées.

5/ Les messages relationnels

Il s’agit de tous les messages dits à l’enfant et auxquels il ne peut pas répondre :

Des interdictions : «Ça ne se fait pas », des menaces « Quand on monte trop haut, on finit toujours par tomber », des injonctions : « Tu dois manger de tout ; dans la vie, il faut apprendre à ne pas être difficile », des messages de négation qui donnent à l’enfant le sentiment qu’il n’est pas reconnu, qu’il n’a pas droit à une existence « officielle »

Recevoir tous ces messages, en décalage avec ses besoins et sans avoir l’opportunité de l’exprimer, peut amener l’enfant à déclencher des maladies immédiatement mais aussi dans le futur, notamment quand, à son tour il deviendra parent.

Pour Jacques Salomé, l’origine d’une maladie d’un enfant ne se trouve pas forcément dans son histoire à lui mais peut l’être dans celle de ses parents :

« Ma conviction, en matière de somatisation, nous dit Jacques Salomé, c’est que les enfants sont les grands réparateurs des blessures cachées de leurs parents. Par fidélité, par amour, ils inscrivent dans leur corps un certain nombre de signes, de réparations ou simplement de mises à jour aux blessures cachées de leurs parents. »

Comment faire ?

Au-delà de la prise en charge médicale qui peut s’avérer nécessaire, notre rôle n’est pas de « psychologiser » ou de comprendre. Le sens du message appartient à celui qui le vit.

Les somatisations ont des origines diverses. On peut passer du temps à essayer d’en chercher la cause et l’analyser, mais de mon point de vue, ce n’est pas l’essentiel. Il est important, en revanche, d’en prendre conscience, ou d’envisager qu’il peut y avoir une origine qui n’est pas que médicale.

Etre à l’écoute

S’il se sent écouté, l’enfant peut déjà entamer un processus de guérison. L’écoute qu’on doit lui accorder doit être pleine, sincère, sans jugement. Cela peut nous mettre en situation d’inconfort si l’enfant nous dit des choses qu’on n’a pas envie d’entendre. A nous d’y travailler pour le bien-être de l’enfant.

On peut aussi lui donner des pistes, sans jamais les présenter comme étant des vérités mais juste des hypothèses

  • Je vois que tu as mal à la gorge. Peut-être y a-t-il quelque chose que tu as du mal à avaler, une situation que tu as du mal à accepter ?

Ou

  • Je vois que tu as mal à la gorge. Peut-être que quelque chose reste coincé dans ta gorge, quelque chose que tu n’oses pas dire ?

Pour lui montrer qu’on est attentif à lui on peut simplement dire à son enfant :

 « Je ne sais pas ce que tu essaies de dire avec cette maladie, mais c’est sûrement très important puisque tu as besoin de le dire au point d’en être malade… »

Témoigner et lire des contes

C’est peut-être l’occasion aussi de parler de soi à son enfant, lui exprimer des blessures qu’on a pu vivre, ou lui parler de sa naissance à lui ou des premières années de sa vie.

Si on ne sait pas comment s’y prendre on peut avoir recours à des contes. C’est en lui lisant le « conte de la petite libellule qui avait une toux chronique » que ma fille s’est enfin arrêtée de tousser, alors qu’elle était encore bébé.

Ce conte est extrait du livre de Jacques Salomé : « Contes à guérir, contes à grandir« 

 

Avec les progrès de la médecine au XIXème siècle, la société occidentale a séparé le corps de l’esprit, alors que les sociétés orientales et notamment la médecine chinoise ont toujours considéré qu’ils étaient étroitement liés.

Reconsidérer que l’esprit a un rôle essentiel dans le bon fonctionnement du corps est une façon de redevenir acteur de sa guérison, reprendre du pouvoir sur sa santé. C’est une preuve supplémentaire que notre rôle de parent n’est pas uniquement de se focaliser sur l’hygiène et la santé physique de nos enfants mais aussi sur l’hygiène psychique et relationnelle.

 

Et retrouvez le résumé des excellentes contributions des autres blogueurs du laboratoire d’idées « Vers un monde meilleur » en cliquant sur ce lien « Communiquer sans parler ». On y parle de langage non verbal, de communication des ados et des SMS, de communication animale, de bébés qui enseignent l’empathie, de rangement, de câlins…

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