100% des criminels ont été des enfants

Enfant humilié violence

Je vous propose aujourd’hui un article un peu différent des autres. Je ressens le besoin de faire une pause dans une semaine de grande agitation et de questionnement.

J’étais à Toulouse pour 2 jours d’ateliers à la formation Thomas Gordon quand les attentats de Paris ont eu lieu. Deux jours d’ateliers pour expérimenter une meilleure manière de communiquer en famille, plus respectueuse pour chacun. Apprendre à mieux vivre ensemble.

Un week-end plein de sens dans un contexte d’intolérance.

En ces temps d’extrême violence, il est temps de s’interroger sur la responsabilité de chacun dans l’éducation que la société donne aux enfants, ces futurs adultes.

Avons-nous pris la mesure de ce qui se joue dans l’enfance ?

La nécessité d’un cadre stable, aimant et sécurisant

En janvier dernier, le Huffington post (1) écrivait à la suite des assassinats de Charlie Hebdo :

« De nombreux travaux en psychologie ont montré que les jeunes enfants ne peuvent grandir, s’épanouir et devenir des adultes heureux, socialisés et responsables que si leurs besoins physiques, affectifs et éducatifs sont pleinement satisfaits, dès leur naissance, par les personnes qui s’en occupent, très généralement leurs parents, dans un cadre stable, aimant et sécurisant. On sait aussi que les carences affectives sévères, qu’elles soient le fait de familles naturelles défaillantes ou de discontinuités dans les placements, sont souvent associées à la survenue ultérieure d’une délinquance. Le terrorisme est-il une étape de plus pour exprimer sa colère dans des sociétés qui n’ont pas réussi leur politique d’intégration, comme c’est le cas pour la France selon le Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies ? »

Outre les besoins affectifs, l’enfant se construit avec l’image qu’il voit de lui dans les yeux de ses ainés. Comment ne pas prendre en compte ce besoin essentiel ?

Bernard Giossi dans son article « L’enfance du terrorisme » (2) insiste sur les conséquences d’une défaillance à cette étape :

« La dévalorisation systématique de la vie de l’enfant par ses parents le met dans un tel état d’insécurité qu’il en devient manipulable à merci par les pouvoirs religieux, militaires ou politiques qui tiennent la société. »

L’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire s’en indigne aussi dans son article intitulé « On ne nait pas terroriste, on le devient… » (3)

« Les hommes qui, le 7 janvier, sont entrés dans les locaux de Charlie-Hebdo pour tuer des dessinateurs pacifiques, des journalistes d’opinion en pleine conférence de rédaction, ces hommes ont une histoire. En tant que membres de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, nous ne croirons jamais que des enfants élevés avec amour et respect, sans châtiments corporels, sans autres humiliations d’aucune sorte, puissent devenir un jour des assassins et prétendre défendre des idées par ce moyen. Ces hommes avaient besoin de vengeance, et ils en avaient besoin bien avant ce passage à l’acte délirant. »

Une responsabilité politique

Le Huffington post, toujours dans l’article cité ci-dessus (1), met en évidence la responsabilité politique dans l’enfance des terroristes :

« L’humiliation dans l’enfance, source de dévalorisation de soi, ne peut pas rester sans conséquences ; il suffit de penser aux Intifadas pour s’en convaincre. Il est probable que certains réagissent par le besoin compulsif d’acquérir, si nécessaire par le vol, ces biens de luxe qui leur sont interdits ; d’autres, habités à la fois par un besoin de spiritualité et une rage vengeresse, sont devenus la proie des recruteurs du terrorisme. Une chose est sûre, il s’agit là d’un échec grave de la politique d’intégration et la France, comme d’autres pays (l’Angleterre notamment qui a élevé en son sein des égorgeurs d’otages) sont responsable de ces failles. […]

Ce qui est indispensable, c’est de retrouver les germes du terrorisme et de promouvoir ce qui peut rendre les enfants imperméables à sa tentation : le respect de leurs droits et de leurs besoins à travers l’éducation par les parents et l’instruction par l’école. […]

La PMI et la médecine scolaire, deux institutions préventives dédiées à l’enfance et créées par les ordonnances de 1945, ont fait l’objet d’un savant détricotage depuis plus de 10 ans maintenant et leur redonner toute leur vigueur est aussi important que de surveiller les aéroports ! […]

Les enfants sont des adultes en devenir. C’est une évidence, on l’oublie souvent. Ayons toujours présent à l’esprit que de petites enfances gâchées ne peut sortir qu’une société malade. »

Un nouvel élément indispensable à des relations plus apaisées

A mon niveau, plus j’avance dans la découverte de la communication relationnelle plus il m’apparait que la façon dont notre société agit depuis des années reste basée sur une vision très manichéenne de nos actes : c’est bien/ ce n’est pas bien. Il faut/ il ne faut pas.

C’est bien d’être tolérant ; c’est bien d’aimer son voisin ; c’est bien de partager ; c’est bien de prêter ; c’est bien d’être respectueux ; c’est bien d’être sage…

Voilà ce que nous en dit Jacques Salomé dans son livre « Papa, Maman, écoutez-moi vraiment » (4) :

« Les conduites agressives des tout petits enfants troublent beaucoup les adultes qui pensent en termes de bien ou de mal et entendent difficilement qu’il s’agit d’un langage. Les passages à l’acte, même s’ils sont pénibles à vivre et parfois lourds de conséquences, sont souvent salvateurs, ils sont autant de signaux d’alarme ou d’appels qu’il convient d’écouter avec attention. »

Jacques Salomé attire notre attention sur la nécessité d’écouter l’enfant (même au delà des mots), ce que nous allons voir un peu plus bas.

Parallèlement, des parents ayant souffert de brimades ou de soumission dans leur enfance prennent le contrepied pour préparer leurs enfants à des relations conflictuelles et en faire des êtres forts : il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds ; si on t’attaque il faut te défendre en contre-attaquant ; dans la vie il y a les gagnants et les perdants ; il faut savoir jouer des coudes pour ne pas se laisser bouffer.

En marge de cette éducation pratiquée au quotidien il existe pourtant un élément indispensable à prendre en compte pour conduire à de meilleures relations humaines.

Cet élément est un dénominateur commun à tous les praticiens, chercheurs et auteurs ayant travaillé sur la psychosociologie, la pédagogie et l’éducation mais il est encore beaucoup trop peu pris en considération ; il s’agit des émotions.

Tous s’accordent à souligner l’importance des émotions et sentiments vécues par l’enfant. La possibilité d’exprimer ces émotions ou leur refoulement a des conséquences indéniables sur ses relations présentes et futures.

Dans son dossier « Colère et violence » (5), la psychologue québécoise Michelle Larivey relatait :

« Les enfants qui sont capables, en bas âge, de ressentir leurs sentiments (surtout leurs frustrations) et de les exprimer ne sont pas ceux qui deviendront des tueurs. Les individus froidement violents sont au contraire coupés de leur monde émotionnel. C’est d’ailleurs cette distance par rapport à eux-mêmes qui leur permet de poser des gestes de destruction sans être atteints sur le coup et sans éprouver de remords par la suite. »

Notre rôle éducatif pour aider les enfants à vivre de meilleures relations doit donc passer par un accompagnement à vivre leurs émotions et sentiments agréables et désagréables.

Comment faire pour accompagner l’enfant à vivre ses émotions ?

La première étape est de lui donner le vocabulaire nécessaire pour identifier ses propres ressentis : la peur, la colère, la joie, la tristesse, la honte, le dégoût mais aussi la frustration, la rancune, le malaise, le sentiment d’impuissance, la contrariété…

La deuxième étape est de l’autoriser : tu as le droit d’avoir peur ; tu as le droit d’être en colère ; tu as le droit d’être jaloux ; tu n’es pas obligé d’aimer cette personne

La troisième est, pour nous, parents et adultes, de verbaliser ses sentiments pour qu’il se sente entendu et compris : Tu te sens triste ; je vois que tu es en colère de… ; tu sembles contrarié ; tu es déçu à ce point ; tu es vraiment joyeux.

Ces simples phrases n’ont l’air de rien dans un contexte politique des plus tendus mais je suis persuadée qu’il s’agit pourtant d’une clé essentielle à un mieux vivre ensemble.

Protection de l’enfance mais aussi prévention des risques auprès de familles vulnérables et enseignement d’une meilleure communication qui passe par l’expression des émotions sont autant d’actions qui conduiront notre monde à plus d’humanité.

Nous sommes de plus en plus nombreux, chercheurs, praticiens, spécialistes mais aussi auteurs, blogueurs, parents à diffuser des moyens plus efficaces de vivre harmonieusement dans le respect des besoins de chacun. Mais ça n’est pas encore assez. Poursuivons nos efforts.

 

(1) Anne Tursz « Pourquoi ou comment devient-on terroriste? », in Le Huffington Post, 16 avril 2015

 http://www.huffingtonpost.fr/anne-tursz/trajectoire-terroristes-france_b_7068514.html

(2) Bernard Giossi « L’enfance du terrorisme », in Regard conscient, page consultée le 19 novembre 2015

 http://www.regardconscient.net/archives/0209enfanceterro.html

(3) « On ne naît pas terroriste, on le devient… » in Observatoire de la Violence Educative Ordinaire, 8 janvier 2015

http://www.oveo.org/on-ne-nait-pas-terroriste-on-le-devient/

(4) Papa, Maman, écoutez-moi vraiment, Jacques Salomé, Ed. Albin Michel, 1989

(5) Michelle Larivey « Colère et violence » in Infopsy, page consultée le 19 novembre 2015

 http://redpsy.com/infopsy/colere-qr.html

3 commentaires

  • Tout à fait d’accord Blandine. Je pense également qu’il est grand temps de s’interroger sur la responsabilité de chacun dans l’éducation. Grand temps de s’interroger sur les actes, les pensées, les mots… Sur ce que nous véhiculons ou transmettons.

    En ce contexte particulier, j’ai pris le temps de mon côté de m’arrêter un instant sur le sens des mots de notre hymne national (Pour ceux que cela intéresse, l’article est disponible sur : http://la-minute-ortho.fr/la-marseillaise). Chant guerrier d’un autre temps qui appelle au combat. Chant qui est repris par tous et en tous lieux en ce moment… et qui est enseigné aux enfants ! Comme tu l’évoques, il y a encore du travail…

    Lucie

    • Merci pour ton commentaire, Lucie. J’ai lu ton article qui est plein de bon sens.
      Lors des ateliers Gordon auxquels j’ai participé, la formatrice avait un mot pour résumer ce que tu dis: la congruence. C’est-à-dire le fait que ce que l’on dit est aligné avec ce que l’on montre, ce que l’on ressent et ce que l’on pense.

  • Bonjour Blandine et merci pour cet article qui pose les bases du choix logique de l’éducation positive et bienveillante.

    Comme tu le soulignes : il y a encore du travail à faire au vu du comportement de certains parents qui appliquent, de façon automatique, l’éducation traditionnelle basée sur les punitions et le chantage…

    Pour faire bouger les lignes, je crois sincèrement à 3 choses :

    1- la notion de responsabilité (enseigné par Lise Bourbeau) : je peux tout faire mais suis-je prêt à faire face aux conséquences de mes actes ? Par exemple, je peux arriver systématiquement en retard au travail mais suis-je prêt à me faire licencier ?…

    2- faire aux autres ce que l’on voudrait que l’on nous fasse (dans l’Amour) comme nous l’a enseigné le Christ (j’ai été élevé dans une famille chrétienne pour info). Je me mets à la place de mes enfants et j’essaie de voir leur point de vue en dialoguant le plus souvent possible avec eux. J’essaie d’être juste et de ne pas privilégier l’un par rapport à l’autre.

    3- l’Aikido : on peut se défendre de façon non violente lorsqu’on est attaqué.;-) L’Aikido est surtout un enseignement sur la non violence en plus d’être une philosophie de vie. Cet art martial m’a permis de mieux gérer la violence en moi et autour de moi.

    Pour finir sur une note humoristique, voici un article très sympa :
    http://les-parents-positifs.com/les-12-conseils-a-suivre-pour-faire-dun-enfant-un-futur-delinquant-attention-humour-noir/

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