Oubliez la chronologie, la fête de l’Achoura ne se range pas dans une case, ni dans une tradition figée. C’est une journée qui bouscule les habitudes, traverse les générations, et imprime sa marque dans les familles musulmanes du monde entier.
À propos de Achoura
Chaque année, des millions de musulmans, du Maghreb à l’Asie du Sud-Est, marquent la date de l’Achoura sur leur calendrier lunaire. Pour les sunnites, cette journée fait mémoire au passage miraculeux de Moïse à travers la mer Rouge. On jeûne, en souvenir de ce prophète qui a jeûné pour remercier Dieu de la libération de son peuple. Les familles se retrouvent, le repas du soir prend un accent particulier, et la transmission de cette histoire se poursuit autour de la table.
Chez les chiites, la signification de achoura en islam est bien différente. Ce jour revêt un caractère grave : il rappelle le martyre de l’imam Hussein, petit-fils du Prophète Mohamed, tombé à Karbala. Dans ces foyers, l’Achoura se vit comme un temps de deuil, une plongée dans la mémoire collective et la fidélité à un héritage spirituel.
Le jeûne le jour de l’Achoura
Le jeûne occupe une place de choix lors de l’Achoura. Reproduire le geste de Moïse, c’est perpétuer la gratitude et la foi. La recommandation : jeûner un jour avant ou un jour après la date précise, pour renforcer la dimension symbolique. Ceux qui n’en ont pas la possibilité peuvent se contenter du dixième jour du mois. Cette souplesse n’efface en rien la portée de la démarche.
Avec le Nouvel An hégirien, nombreux sont ceux qui choisissent ce moment pour faire le point sur la zakat, cette aumône purificatrice et solidaire. Une façon concrète de relier la spiritualité au quotidien, d’ouvrir la main à ceux qui en ont besoin.
L’origine de l’Achoura
L’histoire de l’Achoura ne se raconte pas partout de la même façon. Pour les sunnites, l’événement remonte à l’an 622. Mahomet, alors nouveau venu à Médine, découvre une communauté juive jeûnant pour Yom Kippour, la fête du pardon. Il décide alors d’en faire un moment de jeûne pour ses compagnons. Deux ans plus tard, le Ramadan deviendra l’unique période de jeûne obligatoire, mais l’Achoura demeure.
Côté chiite, la mémoire prend une autre tournure. L’Achoura, c’est le souvenir brûlant du drame de Karbala. Hussein, refusant de se soumettre au nouveau califat, s’exile avec quelques fidèles et sa famille. Leurs pas les mènent à Karbala, où la tragédie se joue : massacre des siens, femmes et enfants épargnés, destin scellé. Pour beaucoup, l’Achoura devient alors le symbole de la résistance face à l’oppression, du refus de céder devant l’injustice.
Traditions liées à la fête d’Achoura
Les coutumes qui entourent l’Achoura sont aussi variées que les cultures qui la célèbrent. Certaines familles privilégient le recueillement, la prière, le silence. D’autres font de cette journée un moment de partage et de générosité. Dans plusieurs régions, les traditions populaires et les rites familiaux donnent à l’Achoura un visage unique.
Voici quelques illustrations concrètes de ces pratiques :
- Le jeûne, bien sûr, pour se purifier et demander pardon pour les erreurs passées.
- Au Maroc, l’enfance est à l’honneur : on offre des cadeaux, des friandises, parfois des habits neufs aux plus jeunes.
- En Iran et en Irak, certaines communautés perpétuent des rites de flagellation pour commémorer la mort de Hussein, dans une ferveur qui mêle douleur et fidélité.
- En Tunisie, on visite les tombes, on allume des bougies, on se souvient des disparus dans un recueillement silencieux.
- Au Sénégal, le nom change, on parle de Tamkharit, mais l’esprit de fête demeure : repas copieux, moments de joie et d’échange, la famille réunie autour de mets spéciaux.
Derrière chaque porte, l’Achoura raconte une histoire différente. Mais qu’elle soit vécue dans la ferveur ou dans la douceur, cette journée tisse un lien entre générations, croyances et territoires. L’Achoura, c’est ce fil invisible qui relie le passé au présent, le deuil à la fête, la foi à la vie de tous les jours. Et l’an prochain, quand la date reviendra, chacun saura où retrouver ce fil, là où il ne s’est jamais rompu.


