Un enfant de 13 mois qui se tape le visage, ce n’est pas une anomalie, ni une crise sortie de nulle part. C’est un signal, brut, déroutant, qui laisse souvent les parents désarmés. Julie Gagné raconte : sa fille réagit aux frustrations, parfois même sans raison apparente, en se giflant. Les tentatives d’explication, les gestes doux, rien n’y fait. Face à cette impasse, la question fuse : faut-il intervenir, ignorer, ou tout remettre en question ?
Merci pour votre message, Julie Gagné.
A voir aussi : Comment se préparer efficacement à la dictée pour le brevet de 3e ?
Voir son enfant se faire du mal bouleverse. L’envie de stopper ce geste est immédiate, naturelle. Vous avez tenté de détourner, d’expliquer, de transformer la main qui frappe en caresse. Pourtant, votre fille persiste. Ce constat invite à changer d’angle.
Avant toute réponse, il vaut mieux observer. Prendre le temps de noter, de consigner ce qui entoure chaque épisode : jour, heure, ce qui a déclenché la réaction, votre manière d’intervenir, la suite. À force de relevés, on distingue des motifs, des contextes propices. Parfois, un enfant continue parce que ce comportement lui apporte quelque chose. Souvent, il attire l’attention, échappe à une contrainte, obtient un objet, ou tout simplement exprime une émotion trop forte pour être dite. Ce travail d’observation, détaillé, permet de comprendre ce qui nourrit le geste et d’imaginer une réponse plus adaptée.
A lire également : Mon enfant a peur des soins : comment l’aider à se sentir en sécurité ?
Si, dès qu’elle est contrariée, votre fille se frappe, cherchez à la guider vers d’autres façons d’exprimer ce qui la traverse. Mettez des mots simples : « Tu es fâchée parce qu’on t’a enlevé ton jouet. » Même à 13 mois, elle saisira le ton, la reconnaissance de son émotion, ce qui peut déjà apaiser la tension. Si elle commence à dire « non », encouragez-la à l’utiliser pour se défendre autrement. Au fil des mois, enrichissez ce vocabulaire des émotions. Plus elle saura dire ce qui ne va pas, moins elle aura besoin de recourir à des gestes violents. Quand la tension grimpe, détournez son attention par une question, un objet nouveau, un jeu imprévu.
Dans certains cas, le geste sert à capter votre regard, à obtenir une réaction. Si vous identifiez ce schéma, résistez à l’envie de tout interrompre pour elle. Ignorez ce comportement, tant qu’il reste sans danger, et réservez vos encouragements, votre attention, à ses attitudes plus apaisées. Le message devient limpide : l’attention parentale ne s’obtient pas en se frappant.
Il arrive aussi qu’un enfant se tape le visage parce qu’il est fatigué, a faim, ou ressent une gêne physique. Soyez attentif à ces signaux, qui réclament une réponse concrète et immédiate.
Une nouvelle approche, plus ancrée dans ses besoins réels, peut entraîner une recrudescence du comportement. C’est fréquent : l’enfant teste la solidité de vos limites. Restez constant, tenez bon. Avec le temps, la fréquence des coups portés à son visage diminuera. La même logique s’applique lorsque votre fille s’allonge par terre, façon « bacon », en pleine frustration.
Tous ces gestes, ces tentatives, dessinent le chemin de l’apprentissage émotionnel. Parfois chaotique, souvent déroutant, mais toujours riche : c’est dans ces moments-là que la confiance parent-enfant s’affine, que la petite fille têtue apprend à se dire autrement.

