Cerveau de l’enfant et apprentissage, 3 erreurs à éviter

développement du cerveau pour de meilleurs apprentissages

Cet article participe au carnaval d’articles « Vers un monde meilleur». Chaque mois, un groupe de blogueurs publient un article sur un thème commun. Ce mois-ci, le thème est « Favoriser l’apprentissage de nos enfants », proposé par Audeline du blog Manger sain pour bien grandir et son article  Les aliments qui boostent le cerveau de votre enfant 

 

L’apprentissage de nos enfants est une véritable préoccupation de parents. Qu’on veuille leur donner le maximum de clés pour se préparer au futur, leur permettre de vivre une scolarité sereinement ou éviter de revivre, à travers eux, nos propres difficultés, nos motivations sont nombreuses pour les aider à apprendre.

La bonne nouvelle c’est que, grâce notamment aux recherches en neurosciences, on sait de mieux en mieux comment fonctionne le cerveau. Même si les résultats de ces recherches ne sont pas toujours diffusés ni encore moins appliqués, en milieu scolaire notamment, on peut aisément, en se documentant, trouver une mine d’informations à ce sujet. C’est ce que j’ai fait, et en synthèse de ces recherches je vous livre aujourd’hui les principales erreurs que l’on pourrait commettre par manque d’information sur le fonctionnement du cerveau.

Erreur n°1: ne pas agir

Une des pires erreurs commises est de penser que le cerveau se développe étape par étape en fonction de ce que l’on voit du développement physique de l’enfant. En réalité le cerveau de l’enfant évolue de façon considérable seconde après seconde, même entre 2 étapes physiologiques, même lorsque l’enfant dort et cette évolution dépend directement de ce qui l’entoure : lieux, personnes, ambiance, culture.

Qu’est-ce que la plasticité cérébrale ?

On parle de plasticité cérébrale. C’est-à-dire que le cerveau va se construire en fonction de son environnement et en fonction des zones qui sont sollicitées.

Pour bien comprendre je vous propose de regarder cette vidéo très explicite de Céline Alvarez.

 

 

Cette vidéo nous montre à quel point nous, adultes, sommes responsables, à tout instant, de la façon dont le cerveau de l’enfant se modèle. Elle nous donne aussi beaucoup d’espoir car le cerveau n’est complètement mature qu’à 25 ans et il est modelable tout au long de la vie. Il est toujours temps de le rendre plus performant à n’importe quel âge, rien qu’en l’utilisant et en interagissant avec un environnement riche, varié et multiculturel.

Que peut-on faire ?

Expliquer à l’enfant comment fonctionne son cerveau
Enrichir son environnement : stimuler l’enfant jusqu’à ses 25 ans !

  • Lires des livres
  • Faire des activités physiques
  • Ecouter/faire de la musique
  • Etre dans la nature
  • Jouer avec l’eau de son bain
  • Parler, discuter
  • Faire des jeux de société
  • Lire des livres encore et encore
  • Faire des constructions
  • Rêver et ne rien faire
  • Toucher
  • Faire de la cuisine
  • Voyager

Erreur n°2: penser que tous les cerveaux fonctionnent de la même façon

Alors que notre système éducatif se base essentiellement sur 2 formes d’intelligence (logico-mathématique et verbo-linguistique), nous savons pourtant qu’il en existe de multiples formes.

Dans les années 1980, un psychologue de Harvard, Howard Gardner a catégorisé 8 formes d’intelligence :

 

1. L’INTELLIGENCE LOGICO-MATHÉMATIQUE

Capacité à mesurer, calculer, logique, résoudre un problème, analyser les causes et les conséquences, catégoriser, ranger, ordonner,  tenir un raisonnement logique.
C’est une intelligence qui s’utilise dans les puzzles, les casse-têtes, les jeux de stratégie et qui est la plus mise en valeur dans le système scolaire occidental.

Comment mieux apprendre avec une intelligence logico-mathématique ?

Ce sera plus facile avec une présentation logique et ordonnée, des données chiffrées, des graphismes, des tableaux.

 

2. L’INTELLIGENCE SPATIALE

Capacité à créer des images mentales précises du monde; puissante imagination graphique; organisation de l’espace, bon sens de l’orientation, construction en 3D, besoin d’image
C’est une intelligence propre aux architectes, géographes, pilotes, peintres

Comment mieux apprendre avec une intelligence spatiale ?

On peut se représenter des images mentales de ce qu’il faut apprendre, dessiner, faire des mind-maps

 

3. L’INTELLIGENCE INTER PERSONNELLE

Grande habileté dans les relations, empathie, facilité d’écoute. Capacité à deviner les intentions et les sentiments des autres.
C’est une intelligence propre aux médiateurs, enseignants, vendeurs, politiciens

Comment mieux apprendre avec une intelligence inter personnelle?

En travaillant à plusieurs, en discutant et en communiquant avec les autres

 

4. L’INTELLIGENCE KINESTHÉSIQUE/CORPORELLE

 Capacité à utiliser son corps de façon précise et élaborée.
Cette intelligence nécessite de s’impliquer activement, bouger, s’étirer, faire des jeux de rôle

Comment mieux apprendre avec une intelligence kinesthésique/ corporelle ?

En associant ce qu’on apprend à des mouvements ou des sensations physiques, en bougeant

 

5. L’INTELLIGENCE VERBO-LINGUISTIQUE

Capacité à utiliser les mots, le langage, le vocabulaire précis, à bien parler, avoir la mémoire des dates et noms, raconter blagues, faire des imitations, varier les voix, faire des présentation et des discours

Comment mieux apprendre avec une intelligence verbo-linguistique ?

En écrivant ou en lisant. En reformulant avec son propre vocabulaire. En cherchant des définitions.

 

6. L’INTELLIGENCE INTRAPERSONNELLE

Capacité à avoir une bonne connaissance de soi, à apprendre, se remettre en question, se concentrer, goût pour la recherche ou l’écriture

Comment mieux apprendre avec une intelligence intra personnelle ?

Cette intelligence se développe quand on est seul, isolé d’autres éléments perturbateurs, en faisant des exercices de relaxation, de méditation, en écrivant un journal, en développant sa propre méthode

 

7. L’INTELLIGENCE MUSICALE/RYTHMIQUE

Capacité à être sensible aux sons, à la musique, à avoir le sens du rythme.
Cette intelligence se développe en chantant, fredonnant, tapant des mains ou en écoutant une musique de fond

Comment mieux apprendre avec une intelligence musicale/ rythmique ?

En récitant des leçons en chantant

 

8. L’INTELLIGENCE NATURALISTE

Capacité à être sensible à la nature, à tout ce qui est vivant et à l’écologie, à comprendre les écosystèmes.
Ces personnes aiment être proche de la nature et l’observer, organiser, sélectionner, regrouper, observer, concevoir.
Cette intelligence est propre à la recherche scientifique, aux botanistes, aux zoologistes ou aux biologistes.

Comment mieux apprendre avec une intelligence naturaliste

En reliant ce qu’on apprend à la nature, en faisant des parallèles entre la leçon et la nature

 

Le plus important n’est pas forcément pour l’enfant de savoir quelles sont ses 3 ou 4 intelligences dominantes mais de savoir qu’il en existe de multiples formes et qu’il en a forcément plusieurs.

Si son entourage, parents, enseignants, copains sont aussi conscients de ces multiples formes d’intelligences, alors il peut être en confiance sur ses propres capacités et retrouver la motivation de l’apprentissage.

Exemples d’application des intelligences multiples:

Le collège privé Notre-Dame, à Bressuire (Deux-Sèvres) a introduit en 2012 un projet pédagogique inspiré des neurosciences et des intelligences multiples.

Les collégiens ont été invités à passer un test d’intelligence multiple. « Première révolution. Tout le monde a réussi ce test. « Je suis intelligent à ma manière » Leur confiance en eux est regonflé », explique Clara Combaud, professeur à Notre-Dame. « Tous les élèves ont un point d’appui. Quant aux point faibles, il s’agit de les travailler ». Dans plusieurs matières, les enseignants varient les stimulations pour que chaque élève puisse apprendre en fonction de ses intelligences. Ainsi, pour la leçon sur les plaques tectoniques, les enfants dotés d’une intelligence plutôt naturaliste construisent un tableau, ceux qui sont kinesthésiques apprennent leur leçon debout, en la mimant, tandis que d’autres mettent le cours en chanson ou sous la forme d’un poème.

Octofuns-intelligences-multiplesEn Belgique aussi, consciente du succès de cette approche, Françoise Roemers-Poumay (conseillère pédagogique et institutrice primaire pendant 25 ans) a développé toute une méthode qui permet à chacun de comprendre et d’exploiter son potentiel : les Octofuns.

Les octofuns sont 8 petits personnages, 8 boules d’énergie qui représentent les 8 formes d’intelligences d’Howard Gardner. Avec les Octofuns, les enseignants peuvent utiliser au mieux le potentiel de chaque élève et les guider vers les techniques d’apprentissage qui leur conviennent le mieux.

La méthode englobe aussi la pédagogie positive en intégrant gratitude, solidarité et bienveillance dans la classe. Encore une intuition, validée par les études en neurosciences des 10 dernières années : le climat de classe et les émotions ont un impact sur la qualité d’apprentissage.

Erreur n°3 : ne pas tenir compte des émotions

En matière de recherche sur le cerveau, la France s’est jusqu’à présent uniquement focalisée sur les neurosciences cognitives qui s’occupent de tout ce qui est intellectuel : mémoire, apprentissage, réflexion.

On sait pourtant maintenant, grâce aux nombreuses recherches qui ont été faites dans d’autres pays que les neurosciences affectives sont tout aussi importantes dans le processus d’apprentissage.

Les neurosciences affectives  sont une science récente qui a débuté vers les années 2000 et qui traite des émotions, sentiments et capacités relationnelles. Elles ont notamment une grande responsabilité dans le stress des parents comme celui des enfants.

Un enfant qui vit des émotions positives par exemple, retiendra mieux et comprendra mieux qu’un enfant stressé. Ça nous paraissait intuitivement évident ? C’est maintenant scientifiquement prouvé.

A quel « étage du cerveau » se trouve l’enfant ?

Pour mieux comprendre, on peut observer le schéma du cerveau tri-unique, tel que  Paul Mac Lean l’a décrit. De façon très schématique, le cerveau est divisé en trois parties, comme 3 étages.

cortex cerveau limbique cerveau reptilien

Au rez-de-chaussée, se trouve le CERVEAU REPTILIEN. C’est le cerveau de base qui assure la survie : boire, manger, se reproduire. Il régit des comportements primitifs comme la peur, la haine, l’instinct de survie.

Au 1er étage, se trouve le CERVEAU LIMBIQUE. C’est celui des émotions et du jugement.

Au 2ème étage, se trouve le CORTEX. Il permet la pensée, la réflexion.

L’idée est que si le cerveau reptilien ou le cerveau limbique est en alerte, le cortex NE PEUT PAS fonctionner.

Par exemple, Si un enfant se sent en insécurité, fatigué ou a faim, c’est son cerveau reptilien qui est activé. Il ne peut pas apprendre.

Quand un enfant est humilié ou menacé, son cerveau reptilien prend cette information comme une agression et sa réaction est de maintenir sa survie.

De la même manière, si un enfant est en proie à une vive émotion (colère, peur, tristesse), il NE PEUT PAS entendre un raisonnement logique. Lui dire « Calme-toi et lis ta leçon » ne sert à rien. Impossible pour lui d’accéder à l’étage du cortex. Il faut d’abord que son émotion soit accueillie (technique d’écoute active) pour que le cortex ne soit plus parasité.

C’est aussi le principe de l’adolescent amoureux qui n’arrive plus à se concentrer.

Cette approche est très schématique mais permet de comprendre facilement que parfois, un enfant ne peut pas apprendre. D’un point de vue chimique, on peut observer ce qui se passe au niveau des hormones.

Pourquoi il est plus facile d’apprendre dans le plaisir ?

Lorsque l’enfant se sent mal car son environnement lui est désagréable (il se sent en insécurité, en colère, humilié, angoissé), son cerveau secrète 2 hormones : le cortisol et l’adrénaline. Le cortisol est l’hormone du stress. Il agit comme un véritable poison qui affecte les capacités de bien-être et de réflexion et l’empêche d’accéder aux fonctions du cerveau qui lui permettent de réfléchir (le cortex préfrontal)

Quand il se sent bien, le cerveau va secréter de l’ocytocine (hormone du plaisir et de l’attachement), de la dopamine, de l’endorphine (des neurotransmetteurs qui dynamisent les capacités d’apprentissage en classant au mieux les informations), et de la sérotonine. Tout cela lui permet d’apprendre dans des conditions optimales.

Pour augmenter ses émotions positives, l’enfant peut :

  • Visualiser tout ce qui est positif (en lui, dans sa vie)
  • Rire
  • Se souvenir de moments de réussite et des moments heureux (les afficher au mur)
  • Ecouter un morceau de musique qui lui plaît…
  • Recevoir des encouragements

Attention : une remarque négative aura 5 fois plus d’impact sur le cerveau qu’une remarque positive.

Lorsqu’il entend « je suis nul », le cerveau va tout faire pour valider cette information même si, bien sûr, ça n’est pas vrai. Alors il faut prendre l’habitude, dès qu’une information négative est affirmée, de la contrer par 5 affirmations positives : « Je suis brillant, je suis génial, je suis malin, je suis confiant, je peux y arriver ».

C’est valable aussi pour les adultes qui peuvent faire la même chose pour renforcer, par exemple leurs compétences de parents. 😉

 

Les actions à entreprendre pour le développement du cerveau de l’enfant sont donc nombreuses et se situent bien au-delà du champ de l’école et du système éducatif mis en place aujourd’hui.

L’enseignement avance encore timidement vers cette approche mais certains rapports officiels nous laissent penser que les gouvernements sont sur la voie du développement des compétences affectives. Dans un rapport de l’OCDE de 2015 intitulé « LES COMPÉTENCES AU SERVICE DU PROGRÈS SOCIAL : LE POUVOIR DES COMPÉTENCES SOCIO-AFFECTIVES » on peut lire:

« L’étude empirique de l’OCDE ainsi que l’examen des études sur les interventions mettent en avant les compétences sociales et affectives déterminantes pour les retombées des enfants à l’avenir. Ce sont les compétences qui sont utiles pour affronter diverses situations de la vie, en particulier pour atteindre des objectifs, travailler avec les autres et faire face à des événements stressants. Il ressort des éléments disponibles que la persévérance, la sociabilité et l’estime de soi comptent parmi les compétences sociales et affectives dont le développement bénéficie aux enfants et à la société.« 

La suite du rapport nous montre néanmoins la difficulté que ces institutions officielles ont à « évaluer » les compétences sociales et affectives.

En ce qui nous concerne, on retiendra que l’ambiance d’apprentissage et toutes les connotations que les adultes vont associer au fait d’apprendre et de découvrir auront un impact direct sur le fonctionnement du cerveau. Si les connotations sont négatives (T’as fait tes devoirs ? 11/20, c’est tout ? Mais réfléchis un peu !), le cerveau fonctionnera moins bien.

Si les connotations sont positives (Tu as remarqué ce toit, il a les deux mêmes côtés comme un triangle… un triangle comment déjà ? » « 11/20 ? Quels progrès tu as faits ! » « Tu te souviens la dernière fois, comme tu avais du mal à résoudre le problème ? Tu as fini par trouver comment faire») le cerveau fonctionnera de mieux en mieux

 Mais surtout, chacun a sa propre forme d’intelligence et le cerveau est plastique et malléable : il est toujours temps de l’améliorer et le rendre plus performant. Parfois il s’agit simplement de changer d’environnement ou d’habitudes pour reconnecter des neurones qui ne l’étaient plus. Avec un autre angle de vue, une autre technique, tous les potentiels peuvent se révéler.

 

Et vous, avez-vous identifié votre forme d’intelligence?

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6 commentaires

  • Merci pour ce super article Blandine !!
    A ma connaissance, Gardner a ajouté la huitième intelligence (l’intelligence naturaliste) dans un second temps. Pourtant, c’est celle que je trouve la plus fascinante : sens affûtés, plaisir pris au monde extérieur, grande attention portée à l’environnement immédiat, … les clés d’une existence intensément vécue, à mon sens 🙂

    • Blandine Gatel

      Oui, l’intelligence naturaliste mérite vraiment qu’on s’y intéresse même si des huit, c’est la seule dont on ne sait pas encore quelle région spécifique du cerveau elle met en jeu. C’est celle qu’on n’a pas encore précisément identifiée avec l’imagerie médicale.

  • Merci Blandine pour cet article très complet : Action – Intelligence – émotions.
    Nous avons du pain sur la planche 😉

    • Blandine Gatel

      Prendre conscience de tous ces aspects est déjà un pas énorme vers plus de tolérance sur les possibilités ou les difficulté d’apprentissage. Il n’y a pas une manière d’apprendre, il y en a des centaines. Il y a donc des centaines de possibilités de faire sauter des blocages. Tout consiste à le faire avec un respect et une confiance inconditionnels en l’enfant.

  • Fraisse

    comment se fait-il que sur 6 émotions nommées : joie, colère, tristesse, dégoût, honte, zut j’ai oublié la 6eme, il y en a seulement une de positive ? infinies gratitudes pour ces précieuses transmissions,

    • Blandine

      Je préfère parler d’émotions « désagréables » que d’émotions « négatives ». En réalité, il faut voir ces émotions un peu comme des signaux de détresse qui sont là pour nous signaler que quelque chose ne va pas. C’est pour cela que les émotions citées sont majoritairement « désagréables ». Elles ne sont pas négatives: elles nous alertent sur le fait que quelque chose doit changer chez nous: se mettre à l’abri, écouter ses besoins, s’affirmer, trouver des ressources. Un peu comme dans une voiture: quand tout va bien, aucun voyant ne clignote et pourtant il se passe des choses: on se déplace, on transporte…

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