7 conseils pour préserver ses enfants lors d’un divorce ou d’une séparation

preserver son enfant lors d'une separation

Divorce, séparation, la décision a été prise et comme beaucoup de parents dans ce cas, vous redoutez que vos enfants ne pâtissent de cette rupture. Difficile, pour ne pas dire impossible de leur éviter cette souffrance mais il existe des points de vigilance à observer pour que la séparation leur soit la moins pénible possible. J’ai rassemblé ces points sensibles en 7 conseils et je vous livre, en outre, à la fin de cet article mon coup de cœur pour une initiative exemplaire qui accompagne les enfants lors de cette douloureuse étape.

 

Cet article est une contribution au laboratoire d’idées « Vers un monde meilleur ». Ses membres publient une fois par mois un article sur un thème commun. Ce mois-ci, le thème est « Faire face aux changements », proposé par Carole de l’excellent blog « Adolescence Positive » et son article « Cinq clés pour comprendre et gérer les changements de rythme de sommeil à l’adolescence«  .

1. Prenez soin de vous (pour vos enfants)

Tout comme dans votre vie de parent mais a fortiori dans des périodes de trouble, il est essentiel que vous veilliez à votre bonne santé physique et psychique. Vous connaissez les règles de sécurité en avion si des turbulences surgissaient ? Si vous voyagez avec un enfant et si les masques à oxygène sont libérés, vous devez d’abord placer votre masque à oxygène sur votre visage puis vous occuper de celui de votre enfant. Cette consigne peut paraître choquante au premier abord mais s’avère tout à fait sensée : vous devez être un minimum solide pour bien vous occuper des enfants.

Or, la séparation est une étape particulièrement éprouvante. En faisant rejaillir de vieilles histoires qu’on avait pris soin d’étouffer, elle peut déclencher de vives émotions : colère, angoisse, déprime, rancune. C’est l’occasion de faire le point sur ce qui se passe sur soi. Quelles blessures mal cicatrisées de l’enfance la séparation ravive-t-elle chez vous?

Sachez vous entourer d’un ou une confident(e), d’amis ou de votre famille, quiconque saura vous écouter sans vous juger ni juger votre conjoint. N’hésitez pas à aller voir un professionnel pour vous aider si vous sentez que votre douleur est trop importante.

Privilégiez aussi le recours à un médiateur familial pour vous aider dans la communication avec votre conjoint en ce qui concerne la garde des enfants. Aujourd’hui les juges ont tendance à conseiller aux époux de recourir à la médiation avant même d’entamer la procédure de divorce.

La médiation familiale est un temps d’écoute, d’échanges et de négociation qui va permettre d’aborder les problèmes liés à un conflit familial et de prendre en compte de manière très concrète les besoins de chacun, notamment ceux des enfants. Le rôle du médiateur familial est de rétablir la communication et de créer un climat de confiance propice à la recherche d’accords entre les parents.

Ensuite, en ce qui concerne la garde des enfants, et principalement la garde alternée, une fois le divorce prononcé, aidez-vous d’outils pour faciliter l’organisation entre vous: Easy2family ou encore Family Facility sont des sites et applications qui permettent de centraliser les informations liées aux enfants et à leur planning.

Ce que l’on peut dire à ses enfants :

« J’ai de la peine et je vais me prendre en main pour m’occuper de cette peine. L’histoire entre papa (maman) et moi, me concerne et ce n’est pas ton rôle de diminuer notre peine. C’est à nous, à chacun de trouver des solutions pour aller mieux. Ce n’est pas ta responsabilité de nous rendre heureux. »

2. Parler, expliquer la séparation à son enfant

 

papa qui annonce son divorceIl est essentiel d’expliquer la situation à l’enfant même s’il est tout petit (même bébé). L’enfant doit être tenu informé de la décision de divorce (ou séparation). L’enfant perçoit bien que ses parents rencontrent des difficultés mais si aucune explication ne vient lui permettre de comprendre la situation, il ne peut pas se situer dans ces conflits, ni dans le présent ni dans le futur. Il peut avoir l’impression que sa naissance elle-même est remise en question.

Il n’est pas utile de rentrer dans les détails qui ont amené le couple à se séparer. Cela est beaucoup trop complexe pour un enfant. De plus, il serait difficile pour chacun des parents de rester dans des considérations objectives sans aucun jugement de l’autre.

En revanche il est important de préciser que le couple existait avant la naissance de l’enfant et de donner une raison de la séparation qui soit totalement indépendante de l’enfant : l’amour entre les deux conjoints s’est éteint, ou bien les deux adultes ne s’entendent plus. Et insister sur le fait que ce changement de situation n’est en aucun cas, lié à l’amour des parents pour leur enfant.

Si la parole des parents est paralysée par la souffrance, on peut avoir recours à un autre adulte pour expliquer la situation à l’enfant, comme un pédiatre par exemple.

La porte doit rester ouverte au dialogue car l’enfant risque d’être sujet à beaucoup d’angoisse et de questionnements. « Est-ce que je vais changer de nom ? », « Qui va garder le chien ? », « Quand pourrai-je voir papa (ou maman) », « Maman (ou papa) va-t-il vivre avec quelqu’un d’autre ? ».

Les choses seront plus facile à vivre pour l’enfant s’il a un espace de parole et de questions y compris à l’extérieur. Le divorce ne doit pas être un secret honteux. Proposer à votre enfant de faire une liste de questions pour son père et une liste de questions pour sa mère.

Ce que l’on peut dire :

« Ta famille change mais tu fais toujours partie d’une famille »

3. Permettre à l’enfant d’exprimer ses émotions

Ce que l’enfant peut comprendre d’un point de vue purement intellectuel « J’ai compris que papa et maman ne vont plus vivre ensemble ; que l’un d’eux va déménager et que j’aurai 2 maisons », ne solutionne absolument pas ce qui se passe pour lui d’un point de vue émotionnel.

enfant qui se confie a son chatPendant plusieurs mois, l’enfant va être envahi d’émotions liées à la séparation de ses parents. Il est indispensable d’entendre et reconnaître la souffrance qu’il vit : « la séparation des parents c’est quelque chose de très difficile à vivre. Ça fait vraiment mal.»

Vous pouvez chercher des espaces pour lui permettre de décharger ses émotions, même s’il n’en manifeste pas explicitement le besoin.

Pour cela, vous pouvez inciter l’enfant à avoir des activités créatives : dessiner, écrire, chanter, composer des poèmes.

Selon son âge, vous pouvez aussi proposer à l’enfant d’écrire un journal intime pour y confier tout ce qu’il veut. Vous pouvez en outre lui suggérer d’y écrire une chose positive par jour. Il va s’en dire que, comme son nom l’indique, un journal est intime et ne doit pas être lu par les parents ! La confiance et le sentiment de sécurité de l’enfant (y compris quand il sera adulte) en dépendent.

Proposer à son enfant d’écrire une lettre à chacun des parents, sans qu’il soit obligé de donner cette lettre. Le seul fait de l’écrire permet de démêler ses émotions et de se sentir mieux. Ensuite il peut la garder ou la déchirer.

Ce que l’on peut dire :

« Il est normal que tu sois triste ou en colère. Tu peux me parler ou parler à papa (à maman) mais si tu n’oses pas nous parler, n’hésite pas à aller voir quelqu’un d’autre en qui tu as confiance pour dire ce que tu ressens. Tu peux aussi te confier à ton chat Grisou ou à ton nounours. »

4. Donner confiance, rassurer

Le système de l’attachement qui s’est mis en place durant la première année de l’enfant avec ses parents lui assure sécurité et stabilité. C’est cet attachement qui lui fait penser que amour=sécurité=toujours.

Etre confronté à la séparation de ses parents provoque donc un véritable séisme pour lui. Il est important de lui en parler pour le rassurer sur l’amour de ses parents pour lui. Il convient de lui expliquer que l’amour entre mari et femme est différent de l’amour des parents pour leur enfant.

arbre généalogiqueLes mots sont très importants mais l’enfant a aussi besoin particulièrement pendant cette période de la présence et l’attention de ses parents.

Pour renforcer le sentiment de sécurité de l’enfant, qui tout à coup, est mis à mal, il est important de lui donner des repères auxquels il pourra s’accrocher.

Faire faire son arbre généalogique à l’enfant est un excellent moyen de lui montrer qu’il est le fruit de deux histoires et qu’il le restera, quelle que soit la décision de ses parents.

En ce qui concerne les règles et les valeurs, c’est le moment pour les parents de faire le deuil d’une possible « entente éducative ». Un enfant peut parfaitement se repérer dans des règles et valeurs différentes de ses deux parents, si elles ne sont pas dénigrées par l’autre. Les deux sphères familiales dans lesquelles il devra désormais évoluer peuvent constituer une richesse de différences et l’aider à se construire avec ses propres valeurs et ses propres choix.

 

Ce que l’on peut dire :

« Nous ne pouvons plus vivre ensemble mais nous ne nous séparons pas de toi. Nous resterons tes parents pour toujours. Et nous t’aimerons toujours. »

5. Déculpabiliser l’enfant

Les enfants se sentent souvent responsables des conflits et des séparations des parents. Il est indispensable de lui dire qu’il n’y est pour rien, que ce n’est pas à cause de lui que vous vous séparez.

Cela permet aussi de ne pas entretenir l’illusion qu’il peut avoir d’arriver à vous réconcilier.

Après la séparation effective, il convient d’aider l’enfant à faire le deuil de sa vie d’avant pour qu’il puisse mettre en place sa nouvelle vie. Les parents doivent donc éviter les comportements qui pourraient entretenir l’illusion d’un retour possible à la vie d’avant.

En prenant acte et en nommant la rupture comme définitive, le parent encourage son enfant à mieux accepter la nouvelle situation. Assumer la rupture est aussi un moyen pour le parent de montrer qu’il conserve son rôle de parent responsable (ce n’est pas à l’enfant de porter la fragilité des adultes) et de rester la personne sur laquelle on peut compter.

Ce que l’on peut dire :

« Tu n’es pas responsable de ce qui nous arrive. Tu n’es pas responsable non plus de nos disputes. Les vrais problèmes sont entre papa et maman. »

6. Ne pas se critiquer

Si l’enfant entend ses parents s’insulter ou dire du mal de l’autre, cela est extrêmement blessant pour lui car il s’identifie à l’un et à l’autre. C’est comme si la moitié de lui-même était dévalorisée. Les critiques l’atteignent dans son identité propre.

C’est aussi la raison pour laquelle l’enfant doit pouvoir continuer à voir ses deux parents. Le priver de l’un d’eux serait comme le priver d’une partie de lui-même et d’une partie de son histoire.

Respecter l’autre parent est donc essentiel au développement de l’enfant et de ses futurs choix amoureux. Il a besoin de savoir qu’il est le fruit du désir et de l’union de ses parents et que ses derniers ne regrettent jamais le moment où il a été conçu.

L’enfant ne doit pas non plus être le messager de ses parents. Il doit garder sa place d’enfant.

Ce que l’on peut dire :

« En ce moment nous avons du mal à nous parler mais je n’oublie pas que ton père (ta mère) et moi nous nous sommes aimés et je respecte cet homme (cette femme). »

7. relativiser les résultats scolaires et favoriser ses relations extérieures

On ne peut pas exiger d’un enfant qu’il ne ressente rien et que la situation n’ait aucune répercussion sur ses résultats scolaires.

Lorsque le système limbique de son cerveau (celui des émotions) prend les commandes, l’enfant n’a plus accès à son cortex préfrontal (celui de la réflexion). Il lui est donc impossible de réfléchir et de bien travailler. Il est inutile de lui demander de travailler plus. Il faut d’abord s’occuper de ses émotions et le rassurer sur tous les points précédemment évoqués.

En revanche, privilégier les activités extra-scolaires principalement celles qui lui permettront de faire partie d’un club, de créer une cohésion avec un groupe et de le maintenir dans son univers d’enfant ou d’adolescent.

Ce que l’on peut dire en cas d’échec scolaire: ouvrir la discussion avec ces trois questions :

« Que penses-tu de tes résultats scolaires ? »

« Qu’est-ce que tu aimes / n’aimes pas à l’école ? »

« Que voudrais-tu changer ? »

 

Prendre soin de soi, expliquer la séparation, laisser s’exprimer les émotions des enfants, les rassurer, les déculpabiliser, ne pas critiquer l’autre parent et relativiser les résultats scolaires, tels sont les sept points de vigilance à observer lors d’un divorce pour protéger ses enfants. 

En préparant cet article, j’ai découvert une initiative formidable qui reprend la plupart de ces notions sous forme d’ateliers: la Marmite des mots. Et j’ai voulu vous en parler plus en détail immédiatement, espérant qu’elle suscitera l’envie de multiplier ce concept.

groupe de parole d'enfants du divorceEn Ille-et-Vilaine, un espace ressource a été créé pour aider les enfants confrontés à la séparation de leurs parents. Il s’agit de La Marmite des mots. Créé en 2005, ce groupe de parole est composé de 8 à 10 jeunes et animé par 2 professionnels, notamment Stéphane Le Creurer, médiateur familial.

L’objectif de ces ateliers est de verser dans une grande marmite toutes les paroles des enfants liées au divorce de leurs parents, en quatre séances de 2 heures.

Les animateurs posent des questions permettant aux enfants d’évaluer le positif de la nouvelle situation (par exemple l’enfant n’entend plus ses parents se disputer) et le négatif (il voit moins son père ou sa mère). Différents support sont utilisés : la météo du cœur, les masques, les jeux de rôles, les dessins, l’arbre généalogique et bien sûr la marmite qui fait office de boîtes à secrets et boîtes à questions ou à soucis…

La parole circule, les enfants partagent parfois des mêmes problématiques.

Pour la dernière séquence bilan, les parents sont invités à rejoindre le groupe. Les enfants choisissent au préalable ce qu’ils ont envie de leur restituer et en font une création collective (chanson ou conte) tout en préservant le secret sur ce que chacun a pu confier à la Marmite des mots. C’est souvent un grand moment d’émotions où les parents réalisent les besoins de leurs enfants si bien cachés jusque-là.

Recherches utilisées pour trouver cet article comment preserver enfants quand on divorce?, conseil pour échange de garde lors dune separation

2 commentaires

  • LN

    Merci pour cet article très très bien écrit. Des conseils évidents et pourtant souvent oubliés.
    Vous lire me rassure beaucoup et m’aide à me repositionner régulièrement en tant que mère séparée. Voir ma fille grandir, ressentir et exprimer ses joies et ses peines est un formidable miroir de ce que nous avons été enfant. Ce que nous ne sommes plus. Elle est encore une enfant et son père et moi des adultes, Nous essayons de nous respecter les uns les autres en tant que tels et c’est vrai que la communication… n’est pas toujours facile. Et parfois… c’est elle, avec son honnêteté d’esprit et de comportement, qui nous donne des leçons de vie ;-).
    Encore merci. Et Bravo.

    • Blandine Gatel

      Merci pour vos encouragements et pour votre témoignage qui me sont précieux pour poursuivre ce blog!
      Comme vous le dites, je me rends compte moi aussi, tous les jours à quel point nous avons à apprendre de nos enfants. Parfois il est bon de lâcher prise sur « le respect » qu’on estime qu’ils doivent aux adultes et chercher simplement quelle vérité dérangeante se cache derrière leur insolence apparente.

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