3 moyens de supporter les frustrations des enfants

enfant frustré

La frustration est un sentiment courant chez les enfants. Lorsqu’il est exprimé avec force, ce sentiment peut être source de tension au sein de la famille d’autant plus que nous ne savons pas toujours comment réagir. Alors comment faire pour mieux gérer ces situations ?

Je vais vous raconter deux histoires qui me sont arrivées et qui m’ont aidé à trouver des moyens pour faire face aux frustrations de mes enfants. Mais avant ça, vous souvenez-vous de mon précédent article «2 obstacles majeurs à la gestion de crise » ?

Nous avons vu que le perfectionnisme et le surmenage sont deux éléments essentiels qui empêchent les parents de bien gérer les situations de crise et d’urgence avec leurs enfants.

En effet, dans ces deux contextes les parents ont plutôt tendance à vouloir repousser les insatisfactions que de les accepter. La première étape est pourtant d’accepter les frustrations qui sont inévitables.

 

1er moyen : une réserve de « frustrations inévitables »

 

L’idée est de se dire : mon enfant vit des frustrations ; c’est normal, cela veut dire qu’il a des envies. Parfois on peut répondre favorablement à une envie et parfois non. (Lisez aussi ceci si vous avez du mal à savoir à quel moment dire non, « Comment déculpabiliser avec 2 feuilles de papier »).

réserve de frustrations d'enfantC’est désagréable de dire non mais c’est inévitable. Il existe donc comme une réserve de frustrations de l’enfant et on est obligé d’accepter de piocher dedans de temps en temps.

Pour s’y attendre, on peut matérialiser les frustrations à venir de son enfant par des jetons par exemple. Je sais que pré-visualiser des situations désagréables n’est pas quelque chose de simple à faire mais ça permet tout simplement de s’y préparer pour que, le moment venu, nous arrivions à rester calmes devant l’enfant qui exprime son insatisfaction.

Par ailleurs, il est important de ne pas fantasmer sur des situations idéales. Il y a des moments où vous vous sentez bien et détendu et vous imaginez emmenez votre enfant au parc, partager un goûter sur un banc avec lui et quand vous lui proposez, ça ne l’intéresse pas du tout.

Jetons pour mieux gérer les crisesEn revanche il vous demande d’aller jouer aux jeux vidéo chez son voisin. N’oubliez pas que votre relation avec votre enfant c’est aussi la façon dont vous allez lui répondre, et pas seulement le moment que vous pourriez partager avec lui.

Et puis, il y a des moments où les enfants sont plus demandeurs que d’autres ; ces moments sont souvent ceux où il ne trouve pas suffisamment l’attention dont il a besoin. Soyez patient, au fur et à mesure que vous retrouverez un peu de temps ou des occasions pour lui manifester votre attention, les demandes se feront plus rares.

2ème moyen : trouver une autre manière de dire non.

 

Pour vous parler de ma deuxième solution, j’aimerais vous parler d’une histoire qui m’est arrivée il y a quelques années.

Un jour alors que mes enfants sont petits, je pars faire le plein de carburant avec eux à une station service, ce qui m’arrive couramment. Comme je considère cette opération des plus inintéressantes, je veux m’en débarrasser vite fait pour passer à la suite des autres tâches de la journée qui sont encore nombreuses.

Au moment où je sors de la voiture et où j’agrippe le pistolet de la pompe, un de mes enfants sort et me crie joyeusement en sautillant : « oh, maman laisse-moi faire, maman je peux le faire, maman, s’il-te-plait, je veux mettre l’essence, donne-moi ça, allez, allez… » en m’arrachant quasiment le pistolet des mains.

Et avant même de prendre le temps de réfléchir à une réponse, je me mets à hurler : « Mais oui il faut vraiment que tu mettes l’essence dans la voiture, c’est la chose la plus importante de tout l’univers et il faut que tu le fasses tout de suite, immédiatement sinon tu vas peut-être mourir !!! C’est bien ça ???!!! Et bien vas-y, fais-le puisque tu ne peux même pas imaginer une seule seconde de ne pas le faire !!!».

En explosant si rapidement de colère, j’empêchais mon enfant de manifester sa propre colère que j’imaginais inévitable si je lui avais répondu « Ecoute non pas aujourd’hui, je voudrais faire vite ; il est déjà tard et j’ai encore plein de choses à faire ».

La station était déserte et je pensais vraiment exprimer mon exaspération en toute intimité. Là, j’entends quelqu’un juste derrière la pompe qui referme le clapet à essence de sa voiture. Me sentant toute honteuse, je murmure juste un timide « Euh désolée…».

La femme ne dit rien, remonte dans sa voiture, commence à démarrer, ouvre la vitre et me hurle tout en roulant : « Vous allez pas bien ! Il faut aller vous faire soigner !!! »

Après coup, cet évènement m’a beaucoup choquée. Mes enfants aussi ont été choqués de tant d’agressivité envers leur maman. J’en ai tiré un certain nombre de réflexions :

-Vu de l’extérieur, j’avais vraiment paru folle. Folle et même sans doute dangereuse puisque cette personne a préféré attendre d’être bien en sécurité dans sa voiture et le pied sur l’accélérateur pour me crier ce qu’elle pensait.

– Pour autant, on ne peut pas juger le comportement d’un parent à l’extérieur ; on ne sait pas dans quel état il se trouve, ce qu’a été sa journée ni surtout sa nuit… et on ne sait pas le nombre de demandes auxquelles il a dû faire face avant de craquer en public.

– Ma réaction était complètement démesurée mais mes enfants ont plus été choqués par l’intervention de l’inconnue à mon égard que par mes cris envers eux. Mes cris faisaient-ils désormais partie d’une routine à laquelle ils étaient habitués?

Je sais maintenant qu’à cette période, ce qui m’aurait vraiment été utile, c’est de voir une petite fée apparaître et me souffler cette phrase extraordinaire :

 « Toujours plus de la même chose qui ne fonctionne pas, donne toujours plus du même résultat ».

J’aurais peut-être réussi à comprendre que ma façon de dire non provoquait toujours la même réaction excessive chez mes enfants. Et je me serais sans doute mise en quête d’une meilleure façon de dire non, sans déclencher des colères.

Mais cette phrase je ne l’ai entendue que bien plus tard. Aujourd’hui encore elle m’est indispensable quand j’ai tendance à réagir au quart de tour à une situation où un de mes enfants me met en difficulté.

 

3ème moyen : le nuage qui rassure

 

La deuxième histoire est celle d’une panne de voiture.

J’étais donc en voiture en ville avec mes enfants de retour de l’école direction la maison et là, panne instantanée. Je ne me souviens plus de quoi il s’agissait mais je ne pouvais plus rouler.

Appel à mon assurance qui me met un lien vers un dépanneur et là quelle surprise au téléphone ! En plein chaos, la voiture sur la chaussée, les enfants qui râlent, la circulation stressante, l’homme que j’ai au bout du fil me demande d’une voix extrêmement douce et calme si je vais bien. « Euh… ben oui, c’est la voiture qui va pas bien ». Et là, d’être humain à être humain, il me dit de ne pas m’inquiéter, de m’assurer de me mettre en sécurité avec les enfants. Il me dit calmement que tout est sous contrôle, qu’un dépanneur va très bientôt arriver pour s’occuper de nous (et éventuellement du véhicule). Et après ça seulement il me des questions sur la panne, l’endroit précis où je me trouve etc…

Cette conversation téléphonique m’a vraiment marquée. Alors que je m’attendais à un échange d’urgence, avec des considérations factuelles et techniques, j’ai bien senti que cet homme avait d’abord cherché à me rassurer et à dédramatiser la situation. J’ai eu le sentiment qu’il me déplaçait du contexte d’urgence, comme si avec une main géante, il m’attrapait pour me sortir de la circulation et me posait sur un nuage.

rassurer un enfant en le plaçant sur un nuageAvec le recul, je suis vraiment heureuse d’avoir vécu cette panne car elle m’a permis de sentir la réassurance d’une personne alors que je vivais une situation d’urgence.

Il est bien entendu que pour nos enfants les effets sont les mêmes : s’ils se sentent en situation d’urgence (l’urgence qu’on réponde oui à leur demande par exemple), entendre quelqu’un qui va leur parler ou leur répondre avec la même énergie ne peut pas les apaiser. Je sais maintenant que, quelle que soit l’urgence ou la gravité de la situation (ce n’est pas forcément la même pour lui que pour nous), il est important de signifier à notre enfant que nous nous préoccupons de ce qu’il peut ressentir, que cela a de l’importance pour nous.

Et alors seulement, une fois qu’on l’a placé sur son nuage rassurant, on peut lui formuler notre réponse qui n’est pas forcément positive.

J’espère que mon expérience vous sera profitable et souvenez-vous de ces trois méthodes pour mieux gérer les frustrations des enfants :

– S’attendre à des frustrations inévitables

-« Toujours plus de la même chose qui ne fonctionne pas donne toujours plus du même résultat »

– D’abord placer son enfant sur un nuage rassurant

Pour aller plus loin, je vous invite aussi à voir du côté de chez Jacques Salomé. Il propose une méthode très simple pour symboliser les demandes de nos enfants et nos réponses et ainsi mieux appréhender les frustrations.

Recherches utilisées pour trouver cet article déculpabiliser après journée pourrie avec enfant

3 commentaires

  • Bonjour Blandine,
    Nous devons en effet faire le constats qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas : menace, ordre, cris. De le conscientiser permet de faire le premier pas. Reste ensuite à trouver les techniques puis à les appliquer, les tester et ajuster. C’est un vrai travail d’être parent, mais tellement riche et passionnant !

    • Oui et ces choses qui ne fonctionnent pas nous sont tellement spontanées (quelque fois il s’agit de simples règles d’organisation) qu’on n’arrive pas à comprendre qu’elles ne fonctionnent pas chez les autres. Dans ce cas il faut désapprendre pour trouver une autre façon de voir.

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