Paroles toxiques, comment les repérer et les remplacer ?

Qui pourrait imaginer ajouter du poison dans l’eau d’arrosage de ses plantes ?

Parler à un enfant, c’est comme arroser une plante. Les paroles déversées sur lui ont autant d’effets que les nutriments apportés à un végétal. L’enfant s’en imprègne quotidiennement pour se développer.

Si ces paroles sont bienveillantes, elles l’aideront à s’épanouir, si ces paroles sont blessantes, elles peuvent générer un déficit d’estime de soi, de l’agressivité, un manque d’authenticité ou du mensonge ; on parle alors de paroles toxiques.

Eau pur ou poison ?

  • Tu as encore renversé ton bol
  • Pour qui tu te prends ?
  • Laisse-moi fermer ton gilet, je saurai mieux faire que toi
  • Pilote? Ben c’est pas avec ces notes que tu vas y arriver

La répétition de ces mots les ancre profondément dans l’esprit des enfants qui finissent par se convaincre qu’ils « sont vraiment trop nuls ». Pour mieux les éviter, sachons repérer ces paroles toxiques.

 Voici les 5 types de paroles toxiques couramment utilisées

 

Le dénigrement

« Ce que tu peux être maladroit quand tu t’y mets ! »

« Avec des performances comme ça, autant annuler ton inscription à la compétition! »

On pratique parfois la disqualification sur un enfant en imaginant qu’une petite pique le fera réagir positivement. C’est une pratique qui est, ô combien employée dans le milieu sportif. Les entraineurs reproduisent ce qu’ils ont connu, comme si, la seule méthode pour améliorer les performances de leurs athlètes était de titiller leur amour-propre.

A remplacer par : « Je crois en toi. Tu n’as pas réussi cette fois. Comment pourrais-tu faire pour t’améliorer? »

L’ironie

« Aller, miss Catastrophe est de retour ! »

L’ironie est un langage qu’on a tendance à utiliser avec les enfants. On a parfois l’impression que ça va permettre de leur faire passer quelque chose avec humour. Mais attention ! L’ironie n’est pas de l’humour. J’ai vu des taquineries faire de gros dégâts sur des enfants qui, habituellement adroits, perdaient tous leurs moyens face à une personne qui les taquinait sans cesse.

A remplacer par : « Oups ! Attends, je peux t’aider si tu veux mais je sais que tu peux te sortir seul de cette situation. »

La généralité

« Tu es toujours le dernier. On doit toujours t’attendre. »

C’est peut-être une vérité mais la souligner n’a aucun effet positif. Elle ne fait que renforcer le trait de caractère de l’enfant qui l’intègre comme étant à la fois sa caractéristique mais en plus une caractéristique honteuse. Ca devient une étiquette.

Le secret : supprimer les mots « toujours », « jamais », « encore ». Personnellement je les ai bannis de mon vocabulaire depuis plusieurs années et cela rend les conversations beaucoup moins agressives.

La stigmatisation

« Quand on est fort on ne doit pas pleurer. »

Cette phrase est l’une de celle qui aura les plus lointaines conséquences. Et elle fera l’objet d’un article entier. Pour l’heure, retenons seulement ceci. C’est totalement faux : on peut être fort et pleurer. On peut être vulnérable et pleurer. Et surtout, si on en a besoin, on doit pleurer. Il n’y a aucune honte à cela, au contraire. Les sentiments doivent être accueillis, tous et sans exception. On peut apprendre à en gérer certains, mais il faut avant tout les écouter.

Autre parole stigmatisante : « Les enfants sages ne courent pas dans les supermarchés. » En réalité, quand les enfants voient un long couloir ou un grand espace, c’est comme s’ils entendaient : « vas-y cours ! ». La formidable tentation de laisser son corps s’exprimer dans un espace n’a rien à voir avec de la sagesse. C’est juste pour eux un réflexe des plus naturels.

A remplacer par : « Je vois que tu as de la peine » ou « cet espace donne envie de courir mais en fait il n’est pas prévu pour. Je te demande de ne pas courir « 

La comparaison

« Regarde la chambre de ta sœur, on n’a pas besoin de lui dire trois fois de ranger ses affaires ! ».

Cette comparaison ne fait que dévaloriser et n’aidera en rien l’enfant à changer son comportement.

Certains enfants aiment l’ordre et apprécient de ranger et s’organiser ; d’autres n’ont aucun problème avec le désordre et peuvent tout aussi bien s’amuser ou prendre un bouquin au beau milieu de ce qui apparait comme un vrai chaos. Les enfants n’ont pas les mêmes besoins, ils réagissent donc différemment. Nous ne devons pas les comparer en fonction de nos propres besoins. Si nous avons besoin d’ordre, à nous d’aider celui pour qui ça n’est pas une nécessité. (Pour quelques trucs sur le rangement de la chambre, lisez cet autre article: « Range ta chambre, une phrase aussi stupide qu’inutile« )

Parfois la comparaison inverse peut aussi mettre très mal à l’aise et laisser des traces plus tard, en empêchant certains enfants de devenir brillants de peur de blesser leurs frères et sœurs.

A remplacer par : « Chacun a ses caractéristiques ; Il y a des aspects positifs dans toutes les personnalités »

Le tue-rêve

« C’est pas avec des résultats comme ça que tu deviendras pilote. »

« C’est trop tard pour faire de la compétition ; tu es trop grand, choisis un autre sport »

A remplacer par : « tu vas mettre une jolie photo de ton rêve de devenir pilote en face de ton bureau ; ç’est motivant d’imaginer et d’avancer vers son rêve » ; « Si ce sport est ta passion, on va trouver un moyen pour que tu puisses continuer à le pratiquer »

Développer la confiance en soi des enfants, c’est aussi leur rendre leur état d’esprit inné : ils naissent avec la grande vérité que « c’est possible ». Souvent le doute ne provient que des paroles qu’ils entendent des adultes jour après jour.

Rendons-leur la foi que c’est possible et laissons-les nous éveiller à cette incroyable prise de conscience !

Allez un petit exercice pour vous pour finir. Par quelle phrase pourriez-vous remplacer:

« Tu oublies toujours ton pull quand tu vas chez un copain ou à l’école. Vraiment, tu ne fais attention à rien » ?

7 commentaires

  • Pas si facile quand on a été élevé avec ces paroles, de ne pas les répéter à notre tour! Et quand on connait leur effet dévastateur, on culpabilise d’autant plus de les avoir laissées échapper de nos lèvres! Merci pour ce rappel 🙂

    • Oui Audeline! Notre façon de communiquer est truffée de ces expressions qu’on a entendues et qu’on a tendance à répéter. Savoir identifier des paroles toxiques est déjà un énorme pas pour améliorer notre communication. A force on finit par les éliminer une à une.

  • Bel article rempli d’espoir pour les enfants (et les parents) ! C’est tellement important de pouvoir donner des bases solides au niveau de la confiance en soi aux enfants. Et on peut même utiliser ces phrases constructives pour les adultes ;).

  • Bonjour Blandine,

    Merci ! Cela fait du bien de voir noir sur blanc ce type de paroles blessantes, avec des propositions concrètes pour les éviter.
    Je me bat au quotidien pour bannir ce genre de réflexion dans mes relations avec mes ados et avec mon compagnon.
    C’est d’autant plus difficile que ma génération n’a pas du tout été élevée dans ce que l’on nomme maintenant « la bienveillance ».
    J’ai longtemps été en difficulté car prise entre deux feux :
    – encaisser ou surmonter des paroles blessantes reçues dans l’enfance et persistant à l’âge adulte,
    – et malgré cela reformater mon cerveau pour ne pas reproduire le phénomène avec mes enfants.
    Une fois que j’ai accepté de transmettre ce que je n’avais pas eu la chance de recevoir, cela s’est beaucoup mieux passé, et les bons réflexes se sont enclenché naturellement. Il y a des écarts évidemment, mais ils ne me noient plus dans la culpabilité.

    Pour ceux qui veulent creuser le sujet et ont le coeur bien accroché, je conseille le livre de Susan Forward : « Parents toxiques, comment échapper à leur emprise ».

    A bientôt,

    Carole.

    • Merci Carole de nous informer de ce livre sur les parents toxiques. Pour les personnes concernées, il est important en effet de d’abord prendre soin de l’enfant qu’on a été pour pouvoir prendre à son tour soin de ses enfants. Merci pour ton témoignage.

  • Merci Blandine pour cet article. Nous avons souvent tendance à sous-estimer l’importance des mots qui peuvent devenir des maux.

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