Culpabilisation

Culpabilisation d'une mére envers son enfantDans cet extrait, Jacques Salomé nous parle de la violence morale que constitue la culpabilisation continue d’un parent envers son enfant.

Il nous explique l’origine de ce comportement et nous rappelle à quel point il est nécessaire pour chaque adulte de régler ses propres conflits d’enfance pour ne pas déverser (sans même s’en rendre compte) de poison sur ses enfants.

 

« « J’ai été nourrie au biberon de la culpabilité, une source en continu qui alimentait toutes les relations avec ma mère. La culpabilisation entre une mère et sa fille (plus rarement l’inverse) est un poison très puissant… Je n’en suis pas morte, seulement handicapée à vie… »

Et cette femme poursuit tout au long d’un dossier de quelque trente pages la liste des violences morales, psychologiques, relationnelles que sa mère semble lui avoir fait subir.

La culpabilisation d’un enfant par un parent (ou un proche), c’est bien connu, doit cependant être diffusée à dose homéopathique, car il faut garder le sujet vivant le plus longtemps possible, de préférence jusqu’à la fin de sa vie, pour continuer à déverser en lui le trop-plein qui vient souvent de loin dans l’histoire du parent. Ne croyez pourtant pas qu’un père ou une mère empoisonne volontairement la vie de son enfant.) Cela arrive, on a d’ailleurs donné à cette pratique le nom de syndrome de Münchhausen, mais cette disposition à nourrir sa progéniture de messages toxiques se fait le plus souvent malgré le parent, à son insu.

Si sa propre histoire est encombrée de multiples déchets, de conflits non réglés, de situations inachevées, de frustrations, de violences subies, de reliquats d’accusations et de non-dits, il ne peut rien laisser passer d’autre que tout ce mauvais qui a été reçu dans le passé. Sa tuyauterie relationnelle est parfois tellement imprégnée que même le bon qui pourrait y circuler à l’occasion a un goût fétide, une saveur de rance, voire de pourri…

D’autres fois encore, les canaux relationnels sont tellement bouchés, obstrués, que rien ne passe. Là encore, le parent en voudra à l’enfant, de ne pas savoir le prendre comme il est. Dans tous les cas, comme c’est l’enfant qui révèle la mauvaise qualité de la relation, c’est lui que l’adulte considère comme coupable et c’est à lui qu’il s’en prend. La preuve : la mère ou le père le crie, le hurle, non pas toujours avec des mots, des paroles articulées, mais souvent avec un silence plus épais qu’une chape de plomb, des regards lourds de reproche, de fatigue, de pseudo-compréhension.

Le corps de ces adultes en témoigne aussi, chevillé qu’il est par le besoin de contrôle et par sa raideur, qui se déplace d’un bloc, monolithique, clôturé par tous les rejets antérieurs. Des somatisations, justement réparties dans différents organes, des dysfonctionnements corporels devraient avertir l’intéressé, l’inviter à entreprendre quelque chose pour lui-même. Cette sclérose en plaques circonscrite sur une jambe, cette arthrose de la hanche, quelques kystes, voire un cancer ou, pour faire face à la rétention verbale, une constipation chronique et systématique.

D’autres fois ce seront des tics : renifler toutes les trente secondes par exemple, ou tousser à l’approche de certains mots. À moins que le canal lacrymal ne soit régulièrement obstrué et enflammé, toutes les larmes retenues, en attente, comprimées depuis des décennies… Car le corps dispose de son propre langage, il parle à notre insu, surtout chez les plus endurcis d’entre nous, il parle courageusement, tenacement, durant des années, pour tenter de se faire entendre, souvent en vain. Ces signes et bien d’autres seront étouffés par quelques médicaments inappropriés – mais terriblement efficaces !

Ainsi certains enfants deviennent-ils les symptômes vivants des blessures cachées, des conflits non réglés, des situations inachevées de la vie et surtout de l’histoire de leurs parents… »

Jacques Salomé, Vivre avec les autres, Ed. J’ai lu, Collection « Bien-être », 2010, p.68-69

 

Recherches utilisées pour trouver cet article culpabiliser enfants

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *