Angoisse de séparation et gestion des transitions

 

Combien de fois par jour l’enfant est-il soumis à des transitions, des séparations d’avec ses parents, son lieu de vie, une activité?

Comme celui de l’endormissement, le problème de la séparation et des angoisses ou crises qu’elle suscite chez les enfants est courant. Il n’en est pas moins difficile à vivre à cause des tensions qu’il provoque dans un quotidien qu’on aimerait voir bien huilé.

L’angoisse de la séparation peut se manifester chez les enfants à plusieurs occasions :

-séparation d’avec une personne
-séparation d’avec un lieu
-séparation d’avec un objet
-séparation d’avec une activité

Les moments de transitions sont souvent difficiles à gérer. Les enfants les vivent comme des états de fait qui s’imposent à eux sans qu’ils aient été concertés ni même préparés.

Alors voici quelques pistes pour vous aider et aider votre enfant à mieux vivre séparation et transition

  • Qu’est-ce que cela me fait ?

Avant de chercher ce qui se passe dans la tête de son enfant, ça peut valoir le coup de s’interroger sur soi-même. Mon enfant vit mal une séparation, une transition et pleure ou se met en colère,

  • Que se passe-t-il pour soi ?
  • Qu’est-ce que cela remue en soi ?

Les émotions que l’on ressent doivent être écoutées et accueillies. Si l’on sent que la séparation vient raviver des blessures mal cicatrisées, le travail se situe déjà à ce niveau-là.

Pourquoi c’est important ?

Si l’enfant perçoit qu’on n’est soi-même pas en phase avec la séparation, ce sera plus difficile pour lui de se sentir en confiance.

  • Pratiquer le jeu du cache-cache vers les 8 mois

Pour l’aider à traverser cette étape, on peut pratiquer le jeu du cache-cache qui va l’habituer à voir disparaître et réapparaître une personne ou un objet

coucou

Pourquoi ça marche ?

Dans les étapes de son développement, c’est à 8 mois que l’enfant commence à distinguer les personnes qui lui sont familières des autres. Les personnes familières sont celles qui répondent à ses besoins quand il appelle : la mère, le père, la nounou, la grand-mère. En gagnant en intelligence, l’enfant prend conscience que cette personne peut s’éloigner et ne pas revenir. Il ressent que cette personne peut disparaître pour toujours

A force de voir réapparaître ce qui avait disparu il comprend que l’objet ou sa maman ou son papa est permanent même s’il ne le voit pas. Il est alors plus enclin à les laisser s’éloigner ; il sort de l’angoisse de séparation.

C’est aussi la phase où il apprend l’attente. Il attend à différer son besoin, si on n’est pas là pour y répondre dans l’immédiat.

  • Dire la vérité quand on part

Parfois quand son enfant a du mal à se détacher d’elle lorsqu’elle l’amène à la crèche, chez la nounou ou à l’école, la maman peut être tentée de partir dès qu’il a le dos tourné ou qu’il a l’esprit occupé. Mais une telle situation ne renforce pas la confiance de l’enfant, au contraire ; cela lui donne l’impression que sa maman peut disparaître à tout moment. Pour renforcer la confiance de l’enfant inquiet il faut veiller à ne jamais partir sans lui dire au revoir ou sans le prévenir.

Pour la même raison, il ne faut pas dire à l’enfant que maman revient dans 5 minutes si elle ne revient qu’à la fin de la journée. La sincérité des adultes est un facteur de sécurité et d’apaisement pour l’enfant.

A l’inverse des menaces du type: « si tu ne viens pas, je pars sans toi » peuvent soit être anxiogènes, soit lui faire perdre confiance dans la parole du parent s’il se rend compte que les menaces ne sont jamais appliquées.

Pourquoi c’est important ?

L’angoisse de séparation est directement liée à l’insécurité affective que vit l’enfant angoissé. C’est pourquoi il est essentiel de donner confiance à son enfant. Il a besoin de sentir des personnes et des paroles fiables pour pouvoir lâcher prise sur ce qu’il ne voit plus.

  • Prendre au sérieux l’angoisse de son enfant

La pire des choses à vivre pour lui serait de s’entendre dire que son chagrin n’a pas d’importance : « Oh, ce n’est rien ; tu vas le retrouver ton père ! » « Ecoute, tu ne vas quand même pas pleurer tous les jours pour si peu ! »

Lorsque l’enfant est en proie à de vives émotions en se séparant d’une personne, d’un lieu ou d’une activité, il a besoin de sentir entendu et reconnu dans ce qu’il est en train de vivre.

Comment faire ?

Pour cela on peut :

-se mettre à son niveau, on peut le regarder et lui prendre les mains

-reconnaitre ce qu’il vit : « Tu as de la peine de voir maman partir » ; « Tu aimerais bien rester jouer encore »

-utiliser un ton rassurant et confiant

  • Utiliser le monde de l’imaginaire

Cette tactique est loin de nous paraître naturelle à nous, adultes ; et pourtant elle est très puissante pour les enfants.

L’enfant doit faire face à une situation qui lui semble impossible à gérer alors on va utiliser l’imaginaire pour l’aider à surmonter l’épreuve.

Après avoir validé ses sentiments : « Tu es vraiment triste de devoir partir », on va lui faire imaginer ce qu’il ne peut plus faire : « Qu’est-ce que tu aurais aimé faire si tu étais resté ? » « Tu aurais joué aux cubes ? Et qu’est-ce que tu aurais construit avec ? Un grand ou un petit château ? »

Ou encore

« Imagine que tu aies une baguette magique… Qu’est-ce que tu ferais avec ta baguette magique ? »

Pourquoi ça marche ?

Pour surmonter une difficulté, il est important que l’enfant puisse prendre le pouvoir sur la situation. Emmener les enfants sur le terrain de l’imaginaire va l’aider à trouver des ressources : en imaginant, il agit, il redevient puissant sur une situation qu’il subissait jusque-là. Son imagination, c’est son action.

  • Un calendrier qui tient compte des transitions

Dans le monde des adultes on n’a pas l’habitude de mentionner les transitions. On imagine mal écrire l’étape « trajet » sur notre emploi du temps parce cela nous parait évident qu’entre le bureau et la maison, il y a 15 mn de route. Mais est-ce aussi évident pour les enfants ?

planning-avec-transitions

 

Pourquoi ça marche ?

Le plus important est ce que cela va modifier chez nous adultes. En prévoyant de la place pour les transitions sur notre feuille de papier, on en prévoit aussi dans notre esprit. On se met en condition pour préparer nos enfants.

Pour aller plus loin :

On peut symboliser les transitions par un objet : par exemple si c’est l’heure de partir, c’est l’heure d’aller chercher la petite voiture-symbole rangée depuis le matin.

A la maison, on peut aussi utiliser un objet qui symbolise les changements d’activité : allumer une ampoule bleue, mettre une chanson dédiée.

  • Utiliser un minuteur pour les transitions de lieux ou d’activité

Pour prévenir l’enfant qu’une activité va se terminer, on peut utiliser un minuteur : « je règle le minuteur sur 10 mn ; quand il sonne, ce sera le moment de ranger les jouets et d’aller prendre le bain ».

L’idéal est d’utiliser un minuteur visuel, comme le « time-timer » de chez Hop’Toys par exemple.

Et cela fonctionnera encore mieux si c’est l’enfant lui-même qui actionne le décompte.

Pourquoi ça marche ?

En utilisant un objet, on transpose l’autorité à l’objet. Au bout de 10 mn, ce n’est pas vous qui demandez de stopper le jeu mais l’objet. L’enfant est plus disposé à accepter l’arrêt de l’activité, d’autant plus si c’est lui qui a mis en marche le minuteur.

  • Laisser l’enfant être acteur, coopérer

Voici une petite histoire que j’ai lue un jour sur les réseaux sociaux et qui explique parfaitement le principe :

« Ce soir, je suis allée chercher mon fils de 2 ans chez la nounou. Les enfants jouaient dans le jardin. En me voyant, il a fait « non ! », il ne voulait pas partir. Je l’ai laissé tranquille le temps de faire les transmissions, puis, c’était l’heure d’y aller. Je suis retournée le voir, et je lui ai dit qu’on y allait. Mais il ne voulait plus bouger de son petit tracteur sur lequel il venait de s’installer. J’ai essayé de le persuader : « On y va ?
– Non !
– Moi je m’en vais ? Tu restes ici ?
– Oui !
– A demain alors ?
– Oui ! »
tracteurBon, j’ai pas essayé de partir, je voyais que ça ne prenait pas. Avec les nounous (c’est une MAM, elles sont deux), on a essayé une autre approche : « tu retrouveras le tracteur jeudi, c’est l’heure d’y aller, tu reviendras il sera toujours là. »
Et toujours pas de résultat, mon fils ne voulait pas décoller de son tracteur. Alors je l’ai pris dans mes bras et je lui ai demandé « Tu aimerais beaucoup jouer au tracteur ? Tu aimes beaucoup ce tracteur ?
– Oui… »
Alors je me suis éloignée jusqu’au portail et je lui dis « Tu viens jusqu’au portail avec le tracteur !? Tu viens le garer là ?« 
Et paf, mon fils tout heureux a roulé jusqu’à moi, garé consciencieusement son tracteur, et est descendu sans que j’aie à lui demander. Il m’a donné la main pour partir, sans cri, sans pleurs. Je crois que j’ai scié les nounous…

Comme quoi, il suffisait juste d’écouter son besoin, il voulait jouer encore un peu au tracteur, on n’a pas de jardin, on habite en appartement, du coup, c’est super qu’il puisse sortir un peu dans le jardin des nounous. Il a roulé 3 mètres à peine, mais ça lui a suffi. Il a été reconnu dans son besoin, il a pu l’exprimer et on y a répondu. Je l’ai ensuite félicité d’avoir si bien garé le tracteur. Et on est passé à autre chose. »

Pourquoi ça marche?

Parce que l’enfant s’est senti écouté : on a reconnu qu’il voulait rester sur le tracteur. Et  parce que l’enfant est décisionnaire sur la modalité : ok pour partir mais « en tracteur »

 

 

Ce qu’il faut retenir 

Pour aider un enfant à faire face à son angoisse de séparation ou le soutenir durant les transitions on retiendra l’importance de favoriser sa confiance (anticiper, prévenir), lui décrire ce qu’il ressent, c’est-à-dire lui parler des sentiments désagréables qu’il est en train de vivre et lui permettre de se mettre en action.

 

Et chez vous, dans quelle situation sentez-vous votre enfant en difficulté ?

Crédit photo: Stockvault, Pioupiou et merveilles, Avenue des jeux

2 commentaires

  • Perrine

    Merci pour cet article. Ça me parle, c’est vrai que dans beaucoup de situation du quotidien, je n’ai pas toujours pensé à prendre le temps pour les transitions avec mes enfants. J’ai pris conscience de l’importance de ce temps dans un livre de Oliver Clerc « lâche ton trapèze et attrape le suivant » . J’adore ce titre et en plus le contenu du livre est très intéressant.

    • Blandine

      Ah oui? Je connais « La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite » d’Olivier Clerc mais je ne connais pas celui-là. Je l’ajoute à ma liste de livres à lire. Merci

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