4 repères et 1 compétence pour grandir en confiance

reperes pour grandir en confiance

 

Vous aimez la randonnée ?  Moi j’adore! La randonnée offre de multiples possibilités, une grande diversité de paysages, de difficultés, de sensations, de rencontres. Mais la route peut être longue, déroutante, bordée de découvertes inattendues. Si on ne sait pas où on va, on peut tourner en rond, si on ne sait pas lire les balises, on peut se mettre en danger, si on n’a pas de montre se laisser surprendre par la nuit.

Grandir dans le monde adulte, c’est un peu comme décider de faire une grande randonnée, c’est partir à l’aventure et connaître un sentiment de liberté mais ça nécessite d’avoir des repères pour avancer sereinement.

Voici 4 repères (et une compétence complémentaire) qui aident les enfants à grandir en confiance.

Cet article est une contribution au laboratoire d’idées « Vers un monde meilleur ». Ses membres publient une fois par mois un article sur un thème commun. Ce mois-ci, le thème est « Grandir en confiance », proposé par Magali du blog Parents du 21ème siècle dont je vous recommande vivement l’article « Réussite, donnez des ailes à votre enfant », qui est une excellente illustration du premier repère.

1/ Le lien affectif

L’amour pour nos enfants nous paraît tellement évident qu’on a parfois tendance à négliger ses manifestations ou on se trompe de moyen en offrant un cadeau plutôt que du temps ensemble.

En réalité les besoins des enfants de se sentir en lien avec nous sont immenses (même à l’adolescence mais sous une forme nouvelle).

Les bébés naissent avec le besoin de former des liens forts avec des adultes aimants et réceptifs. C’est ce que les experts de l’enfance appellent « l’attachement ».

Les bébés forment un lien d’attachement avec les personnes qui sont le plus souvent avec eux. Cette relation est très importante, car elle influencera toutes les relations intimes et sociales que l’enfant aura dans sa vie.

Répondre aux besoins du bébé, ne pas le laisser pleurer, le sécuriser sont les premiers moyens pour créer ce lien d’attachement. Les paroles, les mots, le ton que l’on utilise contribuent aussi à le sécuriser.

se reperer avec un phareAu fur et à mesure qu’il grandit, s’il entend qu’il a de l’importance aux yeux de ses parents, l’enfant se sent en confiance pour aller vers les autres et explorer le monde. Il est prêt pour vivre de nouvelles relations. Les personnes avec qui il a créé des liens d’attachement sont ses repères : ils sont là pour lui montrer la lumière comme un phare au milieu de la nuit.

En revanche, un enfant qui se sent insécure au niveau affectif peut avoir un comportement difficile en recherchant incessamment l’attention des autres pour combler son besoin d’attachement non satisfait. Plus tard il peut avoir du mal à accepter les compliments et les récompenses, et même les câlins.

L’important est de ne pas montrer son attachement uniquement dans les cas où l’enfant adopte un comportement conforme à nos attentes mais dans tous les cas. Pour cela il suffit de bien faire la différence entre l’enfant et son comportement. On n’accepte pas tous les comportements mais on accepte entièrement notre enfant pour ce qu’il est.

A l’adolescence c’est aussi important, l’enfant a besoin de sentir que, quoi qu’il se passe, on est là pour lui, même si on n’approuve pas tous ces choix.

Ce lien d’attachement est essentiel pour la réussite de l’enfant aussi bien d’un point de vue social que scolaire, intellectuel, professionnel.

 

 Parler avec affection, passer du temps avec son enfant, lui montrer qu’il a de l’importance à nos yeux, l’accepter tel qu’il est avec ses forces et ses faiblesses

2/ Le repère dans le temps

Le passage du bébé de la maison à la crèche ou à l’école le fait entrer malgré lui dans notre système temporel, qui ne lui est pourtant pas du tout adapté.

Tant qu’il n’a pas la notion du temps, il est important de le rassurer par des mots : « Je pars travailler. J’ai confiance dans les personnes qui vont s’occuper de toi. Je t’aime même si tu ne me vois pas. Je reviens te chercher à la fin de la journée. »

Les premiers sindicateur de reveil pour enfantignes du temps qui passe sont l’alternance du jour et de la nuit. Le jour correspond au moment où on est éveillé (à part le moment de la sieste) et la nuit à celui où on dort.

Vers l’âge de 3 ans on peut autonomiser l’enfant sur l’heure où il peut venir nous réveiller avec un réveil qui symbolise le moment du jour et celui de la nuit : le mouton dort, c’est l’heure de dormir (ou lire des livres si on est réveillé), le mouton est debout : on peut se lever.

reveil avec decompte du tempsDans la journée, quand il faut changer d’activité ou arrêter de jouer pour passer à table ou aller au bain, on peut aider les enfants à faire la transition avec un sablier ou un timer qui va  leur montrer le temps qu’il reste. « Tu peux jouer encore 5 minutes, le temps d’un sablier. Ensuite ce sera le moment de ranger et de venir à table ».

On peut aussi donner des notions de temps à l’enfant avec des indices sonores : un carillon ou une chanson pour signifier que c’est le moment de …

plannQuand il a 4-5 ans on peut concrétiser le déroulement de la semaine avec un semainier. Je recommande de le garder le plus simple possible en y indiquant tout ce qui peut préparer ou rassurer l’enfant sur le déroulement des journées. Quand mes enfants étaient petits je faisais moi-même ces plannings avec un tableur et j’y insérais des dessins et des photos. Aujourd’hui on peut trouver des semainiers modulables.

Une autre manière de donner des repères de temps à son enfant est d’instaurer des rituels, c’est-à-dire de faire certaines actions quotidiennes toujours de la même façon, dans le même ordre, en y intégrant des moments agréables pour l’enfant.

Le rituel du coucher par exemple est très sécurisant pour l’enfant qui se prépare à passer 10 heures sans voir ses parents.

Exemple : Toujours à la même heure, je dis « bonne nuit » à tous les membres de la famille, je me brosse les dents, avec mon sablier ; ensuite je choisis un livre pendant que maman ou papa ferme les volets (à la sieste on ne ferme que les rideaux), maman (ou papa) me lit l’histoire en me faisant un câlin ; je couche mon ourson ; je fais un bisou à maman qui éteint la lumière.

Prévenir l’enfant de ce que l’on va faire. Instaurer des rituels. Lui faire utiliser un sablier, un timer, un semainier ou s’aider de musiques.

3/ Le repère dans l’espace

C’est à partir de 2 ans que l’enfant peut se représenter des espaces qui vont au-delà du simple espace de motricité (lié à son déplacement) ou de perception (lié à ce qu’il peut attraper, toucher, voir). Cet espace s’élargit sous l’influence de deux paramètres :
– le langage qui fait entrer les notions de devant/derrière, dedans/dehors, loin/près, au-dessus/ au-dessous 
– la socialisation

Ces deux paramètres permettent à l’enfant de se situer par rapport aux autres et aux objets qui l’entourent.

repere dans l'espaceEn délimitant les espaces, on l’aide à mieux comprendre les fonctions de chaque lieu et les comportements qui y sont appropriés : on mange sur la table de la cuisine, on dort dans son lit, on joue dans l’espace dédié (chambre, salon).

Dans la classe, il y a le coin vestiaire pour les manteaux, le coin jeu, le coin lecture, le coin repos.

Il est sécurisant pour l’enfant de retrouver jour après jour un lieu dédié pour chaque fonction. Pour bien le visualiser on peut l’aider en collant sur chaque emplacement des images symboliques de l’activité concernée. On peut aussi utiliser un système de signalisation pour aider les enfants à se repérer lors des déplacements.

scotch de couleur repere visuelC’est valable aussi pour la maison, en particulier pour permettre à l’enfant de retrouver et ranger les objets (vêtements, jouets, chaussures) qu’il utilise.

Alors images, étiquettes, scotch de couleur au sol (ruban isolant électricien chez Casto), tout est bon pour permettre aux enfants d’identifier ces espaces et faciliter le rangement.

 

Avoir recours à des images, des étiquettes, des post-it, du scotch de couleurs, des panneaux de signalisation

4/ Les règles et les valeurs

Imaginez un seul instant l’insécurité et le stress que signifierait de rouler en voiture sans le “code de la route”.

Pour l’enfant, c’est la même chose, il a besoin d’un “code de la vie” qui lui permette d’aller en confiance vers les autres, de participer à la vie de groupe et de s’intégrer dans son environnement.

regles et valeursQuel que soit son âge, l’enfant comme l’adulte est confronté à la réalité, à des interdits et à des contraintes (il n’arrive pas à saisir son jouet, ni à se retourner sur le ventre, il ne peut pas toucher le four…). Cela entraîne frustrations, colères et angoisses.

Cette confrontation à la réalité l’aide à grandir et à trouver sa place dans la société. Malgré certaines compétences, le jeune enfant n’a pas encore la maturité nécessaire pour évaluer les conséquences de ses actes. Il lui est difficile d’adapter ses comportements tout en tenant compte de ses besoins et de ceux des autres. La tâche des parents est de lui donner les repères de ce qui est possible de faire et ce qui ne l’est pas par le biais de règles.

Les règles de vie sont de divers ordres : certaines assurent la protection de l’enfant « Tu donnes la main quand on traverse la rue » ; d’autres répondent à ses besoins vitaux : être protégé, nourri, éduqué, soigné et aimé ; d’autres lui permettent de vivre en société : “On fait attention aux autres”, “On se comporte avec eux comme on aimerait qu’ils se comportent avec nous”).

Ces codes servent à apprendre comment faire pour vivre ensemble. Même s’il n’est pas toujours facile ni agréable pour les parents de rappeler les règles, c’est le meilleur moyen pour apprendre à leur enfant à vivre en société.

panneau-interdit-de-jouer-au-ballonCertaines règles assurent le respect de l’environnement. (“On prend soin du matériel”, “On ne jette pas de papier dans la rue”).

Et, enfin, les règles de politesse : “merci”, “s’il vous plait”, qui sont des signes de respect entre individus.

Savoir ce qu’on attend de lui, ce qui est possible ou non de faire est rassurant pour l’enfant. Il peut éviter ainsi de déclencher malgré lui et sans le vouloir des colères d’adultes, contrariés par un comportement jugé inapproprié.

Enoncer clairement à l’enfant ce qu’on attend de lui, de préférence à la forme affirmative : « On mange avec la cuillère ; si le bonhomme est rouge on attend sur le trottoir ; les mains prennent soin des autres ; le manteau s’accroche au porte-manteau »

 

Repère affectif, repère de temps, repère spatial et règles de vie sont quatre piliers sur lesquels l’enfant va pouvoir s’appuyer pour avancer. En intégrant et en retrouvant ces repères sur son parcours il se sentira sécurisé et pourra grandir en toute confiance.

Une compétence complémentaire : la flexibilité

Parallèlement à ces quatre notions, il est important de lui montrer par notre exemple comment réagir en cas de fragilisation ou de perte de repère :

  • On se dispute avec un être cher ? Comment réagit-on ? Est-ce qu’on déverse sur lui des insultes ou est-ce qu’on cherche une solution pour réparer la relation ?
  • Il y a du retard? Quel exemple montrons-nous ? Est-ce qu’on se met en colère ? Ou est-ce qu’on montre notre capacité d’adaptation ?
  • On est perdu ? Quel parent est-on ? Un parent angoissé, fier, orgueilleux ? Ou un parent plein de ressources qui n’hésite pas à demander de l’aide ou chercher une solution avec bonne humeur ?
  • La règle n’est pas respectée ? Impose-t-on autoritairement une punition ? Ou essaye-t-on de comprendre pourquoi la règle n’a pas été respectée en cherchant conjointement à trouver une amélioration pour que ça ne se reproduise pas ?

C’est là toute la subtilité des repères: savoir les établir dans la durée pour rassurer et structurer la vie de l’enfant, mais aussi se montrer prêt à être déstabilisé par des événements inattendus. Et seul notre comportement face à ce bouleversement des habitudes et cette perte de repère préparera notre enfant à être flexible lui aussi.

10 commentaires

  • Encore un super article dont tu as le secret. Merci Blandine de relever l’importance des repères spatiaux-temporels. Je réalise que j’ai tout misé sur l’espace en oubliant l’importance du temps aussi : minuteur et semainier, super idée pour visualiser le temps qui passe !

    • Blandine Gatel

      Moi j’ai d’abord tout misé sur les repères de temps quand mes enfants étaient petits. C’étaient de bons éléments, mais pas suffisants. Il m’a fallu des années pour comprendre que le repère affectif était le plus important et nécessitait une implication quotidienne pour avoir la posture rassurante du « Je suis là pour toi, quoi qu’il se passe, et quel que soit ton comportement »

  • Merci Blandine pour cet article très éclairant !

    La flexibilité est bien une compétence essentielle de l’éducation du 21ème siècle. Elle est nécessaire pour que nos enfants puissent réussir et s’épanouir dans un monde qui change à grande vitesse, dans un monde où les repères sont régulièrement brouillés, où les règles du jeu évoluent sans cesse.

    Et paradoxalement, comme tu le présentes si bien, la flexibilité ne peut se construire qu’à partir de repères solides. Sans ce socle de repères, les changements sont plus difficiles à vivre, comme un tourbillon sans points fixes auxquels se raccrocher.

    Hors de nos frontières, de nombreuses écoles ont revu leur pédagogie avec pour objectif que les enfants grandissent en confiance dans le monde d’aujourd’hui. J’ai été frappée de constater l’importance qu’elles accordent aux 4 repères que tu présentes dans ton article. Chaque jour, ces repères sont présentés, répétés, travaillés jusqu’à être pleinement intégrés par les enfants.

    • Blandine Gatel

      Merci d’avoir lu mon article jusqu’au bout! Je crois que la fin est aussi importante que tout le reste et mériterait au moins un autre article!

  • Tous tes articles sont riches d’enseignements! Chez nous pour visualiser le temps qui passe j’ai installé un synopte, c’est une horloge adaptée aux enfants car simplifiée et pourvues de repères visuels. Ce sont eux qui viennent me prévenir que c’est l’heure du bain ou du goûter (surtout du goûter!) et ils en sont très fiers 🙂

  • celine

    Merci pour cet article
    où avez vous trouvé le réveil et le timer ?
    Très belle continuation

    • Blandine Gatel

      Bonjour Céline,
      Vous pouvez trouver le réveil chez Amazon ou Oxybul Eveil et Jeux.
      Mon timer vient de chez Hoptoys. Vous pouvez aussi le trouver chez Amazon, ainsi que d’autres plus petits pour la cuisine.
      J’ai ajouté des liens affiliés en bas de l’article.

  • Isa

    Coucou ! Merci pour ce joli billet. J’ai surtout bien apprécié la dernière partie où vous parlez des règles et des valeurs.
    J’enseigne à mon loulou qu’il est important de jeter les saletés dans les poubelles. J’attends qu’il ait 6 ans pour lui parler de la pollution et de l’environnement.

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