Tout est réuni pour faire tomber nos ados dans l’addiction

addiction jeu vidéo adolescent

Dépendance à l’alcool, au tabac, aux drogues, aux jeux vidéo ou au cybersexe les addictions se font de plus en plus nombreuses et diverses chez les adolescents.

D’après un dossier de l’INSERM de 2014, « des dépendances peuvent survenir à tout moment de l’existence, mais la période de 15 à 25 ans est la plus propice à leur émergence. »

Cette population en recherche d’identité et d’émotions rencontre une société qui lui propose une offre riche en produits à connexion et à sensations. Et dans ce monde-là, ça doit aller vite, frapper fort et se renouveler constamment.

Mais quels sont les facteurs qui favorisent chez les jeunes cette irrésistible envie d’y revenir ?

Basées sur une conférence de Jean-Pierre Couteron* « Les pratiques addictives », voici les 10 conditions réunies qui peuvent faire plonger nos adolescents dans l’addiction… si on n’y prend pas garde.

 

1. La multiplication des sollicitations addictives 

Notre société ne cesse de produire des situations qui favorisent l’usage des produits (téléphones, tablettes, « agents externes », jeux). L’arrivée du smartphone et de ses nombreuses applications dans le quotidien des adolescents par exemple a incontestablement changé leurs vies. C’est une révolution technologique qui leur permet de tout faire, à tout instant, n’importe où et d’être connecté aux autres en temps réel.  Seulement voilà, le smartphone a pris une telle place dans la vie des jeunes utilisateurs qu’il leur devient impossible de s’en passer.

Comment réagir à cette offre ?

 

 

En ce qui concerne la technologie, difficile de s’opposer à tout en bloc sous prétexte qu’on « peut très bien vivre sans ». Il faut garder en tête l’importance du lien : le lien entre les parents et les enfants et le lien entre les enfants entre eux. Mais il est indispensable de mettre des règles lorsqu’on permet à un nouvel objet de rentrer dans la maison : à quel moment peut-on l’utiliser ? Pendant combien de temps ?
Pour vous aider, à une « ligne du temps » pose des repères clairs sur l’usage des écrans avec les enfants sur le site yapaka.be

 

2. Les énormes moyens marketing de l’offreaddiction ado

La publicité, les stratégies marketing et les lobbies disposent de moyens considérables pour séduire les prospects et favoriser la consommation. Il nous suffit de voir l’ampleur des évènements sponsorisés par Red Bull par exemple pour bien prendre la mesure du fossé qui existe entre des campagnes de santé publique (essayant timidement de faire passer des message de prévention) et celles des entreprises qui poussent tant qu’elles peuvent à la consommation en vendant du pseudo-rêve.

Comment contrer ce jeu de séduction ?

 

 

Il ne faut pas hésiter à faire prendre conscience aux enfants dès leur plus jeune âge que le seul but de la publicité est de vendre et de vendre toujours plus. Il faut leur rappeler que chacun est libre de décider si le produit est bon ou non pour soi et que dans tous les cas, quand on l’achète quelqu’un d’autre s’enrichit.

 

3. La recherche d’appartenance à un groupe

La recherche d’appartenance à un groupe est un élément majeur du passage à l’adolescence. Boris Cyrulnik nous dit d’ailleurs que « le meilleur tranquillisant naturel est le sentiment d’appartenance. »

En ce qui concerne les jeux sur internet, des communautés – voire même des guildes – permettent aux joueurs de se réunir par un intérêt commun sous une même bannière. En plus de l’entraide naturelle entre les membres de la guilde, l’appartenance à une guilde peut prodiguer des bonus ou avantages divers (partage de ressource, bonus de guildes en cas de victoire au combat, etc.). Voilà un élément supplémentaire dans les jeux qui répond parfaitement aux besoins des adolescents.

Comment limiter ce besoin de rejoindre « sa communauté virtuelle » ?

 

 

Permettre aux jeunes de vivre ce sentiment d’appartenance au travers d’un club de sport ou autre loisir va limiter leur besoin irrésistible de retrouver une communauté virtuelle par le biais des écrans. Avec le sport, ils vivront des évènements, des sentiments, des transformations et des efforts qui les créeront des liens indéfectibles.

 

4. La recherche de sensations fortes

dépendance aux jeux vidéo sensationsAujourd’hui, on aime ce qui répond vite et fort. Et plus on s’habitue à un niveau élevé de sensations, plus on va s’ennuyer rapidement. Les fabricants de jeux le savent bien et favorisent donc les stimulations sensorielles au détriment du raisonnement dans la conception de leur offre. Tout est fait pour ne pas lasser le joueur mais au contraire lui proposer une excitation permanente. Au-delà de ça, c’est la société entière qui favorise l’immédiateté au détriment d’un long cheminement. La téléréalité en est un exemple marquant. Les jeunes ne peuvent que se demander « pourquoi passer une vie à construire quelque chose quand on peut, en quelques mois, par une émission de télé devenir une célébrité ? »

Comment l’éviter ?

 

 

Donner le goût de l’effort dès le plus jeune âge. Et ainsi faire connaître la satisfaction d’atteindre un sommet après une journée de randonnée ; la satisfaction de jouer un morceau de musique après une année de travail ; la satisfaction d’un objectif atteint après un long entrainement ou d’une construction de plusieurs jours. Aider ensuite les enfants à ancrer ces souvenirs de satisfaction grâce à des photos, des sons, des odeurs, des albums souvenir.

 

5. Le besoin de se défouler, s’évader

L’alcool, la drogue, les jeux qui mettent en scène des mondes imaginaires sont autant de moyens utilisés par les jeunes pour s’évader.

Comment le gérer ?

 

 

Il est important que les parents reconnaissent ce besoin de s’évader et se défouler pour proposer des alternatives. Pour ce qui est des jeux, il ne s’agit pas d’interdire (dans la limite des âges autorisés évidemment) mais d’aider à arrêter : on peut donner un temps maximum par jour en semaine et un temps maximum par jour le week-end. Il peut être intéressant par ailleurs que les parents jouent au jeu de leur enfant pour comprendre ce qu’ils recherchent et ce qu’ils y trouvent comme intérêt.

 

6. La survalorisation de la performance (milieu sportif)

addiction performanceParfois notre société survalorise tellement la performance qu’elle laisse entendre qu’un produit peut se substituer à l’apprentissage et à l’effort (dopage, drogue en milieu professionnel). Le culte de la performance ne semble pas laisser de place à l’échec.

Comment réagir ?

 

 

Il faut rappeler que chaque homme a des points forts et des points faibles. Il faut bien prendre conscience que c’est en échouant que l’on progresse et que l’on construit des compétences solides. Par ailleurs, en se mesurant à soi-même et non aux autres, on démystifie la compétition en se donnant le droit de progresser à son rythme, en se respectant soi-même. C’est ce que le coach sportif Alexis Santin explique quand il fait la différence entre « état d’esprit fixe » et « état d’esprit de développement ».

 

7. Le refus de la frustration

Les enfants donnent souvent l’impression à leurs parents de ne plus supporter aucune frustration. La culture du « tout, tout de suite » semble leur donner un droit d’accès direct à l’objet du désir.

Comment l’éviter ?

 

 

Les parents doivent rétablir l’équilibre avec ces sous-entendus mercantiles  et expliquer qu’ « il y a un temps entre le moment où j’ai envie de quelque chose et le moment où je l’obtiens ». Dans un premier temps il est important que le jeune se sente entendu : « J’entends que tu as ce désir ». Puis on peut le responsabiliser en lui disant simplement : « mon rôle de parent est de répondre à tes besoins, pas à tes désirs. Que comptes-tu faire, toi, qui pourrait te conduire à la satisfaction de ton désir ? ». Appliquer l’exercice de déculpabilisation des 2 feuilles de papier pour être sûr de s’y tenir.

 

8. L’importance de l’image de soi

adolescent qui fait un selfieL’adolescent est en pleine construction de son image. Il est en recherche du « Soi toi-même ». Mais encore une fois, les concepts marketing s’approprient ce message à leur avantage : « Soi toi-même en consommant notre produit ». La cigarette est un exemple très parlant de la difficulté de l’éducation à la non-consommation: malgré tous les efforts faits par les instances gouvernementales pour en réduire la consommation, la cigarette reste le symbole d’un changement de classe d’âge. En moyenne, la première cigarette est consommée à l’âge de l’entrée au collège.

Quelle alternative proposer ?

 

 

On est là face à la preuve que l’identité de l’individu doit se construire de manière positive dès le plus jeune âge : aider l’enfant à identifier ce qu’il ressent, ce qu’il aime ou n’aime pas, en un mot lui permettre de savoir qui il est. Plus il sera solide sur ces points, moins il aura besoin de se donner une contenance par le biais de moyens extérieurs.

 

9. La volonté de transgresser

jeune qui fume du cannabisDans son cheminement vers l’âge adulte, le jeune ne cherche pas à s’opposer mais à s’imposer. Malgré tout, la frontière entre les deux notions est assez perméable et l’adolescent voit parfois dans la transgression un moyen de se positionner : « j’ai plaisir à transgresser ; je recherche l’hyper-sensation ; je me mets en danger ». L’apparition du binge-drinking en est un exemple. Il s’agit d’un rituel incitatif à la perte de contrôle par l’absorption massive d’alcool. Cette pratique a vu le jour dans les pays anglo-saxons et les pays nordiques mais a largement gagné la France. Elle est une vraie porte d’entrée à une future addiction.

Comment réagir ?

 

 

Il est important de prendre acte que du point de vue du jeune « il n’y a pas de problème, ce sont les adultes qui flippent ». On prend acte que ce produit qui nous fait problème à nous, adultes, leur fait solution. A partir de là, on est plus à même de chercher d’autres moyens de leur « faire solution » et proposer d’autres centres d’intérêt. Néanmoins, toute transgression appelle une réponse de la part des adultes, c’est même pour cela qu’elle a été commise par le jeune. Le rôle des parents reste de redire inlassablement la loi, de rappeler les conséquences auxquelles on s’expose quand on ne la respecte pas.

 

10. l’addiction, et l’excès, des mots à la mode

Dior addictPersonnellement je ne me souviens pas avoir eu la connaissance du mot « addiction » avant très tard. D’ailleurs, je l’ai d’abord connu sous ses termes anglais « addicted » et « addiction ». Aujourd’hui ce mot est entré dans le vocabulaire actuel à tel point qu’il est parfois utilisé de façon valorisante, voire même comme un nom de marque :

Je suis addict.

« I am addicted to you. »

« I am addicted to your love »

« Addict, le nouveau parfum par Christian Dior »

« Black XS, L’Excès, parfum de Paco Rabanne »

Comment démystifier ce mot ?

 

 

Il suffit d’en rappeler le sens : la dépendance ; et d’évoquer toutes les valeurs de son opposé : l’indépendance, la liberté.

 

Les 10 conditions sont aujourd’hui bien réunies pour mener nos jeunes vers une dépendance dont ils n’ont pas conscience. Les professionnels du marketing, eux, ne s’y sont pas trompés. Ils ont su tirer parti de chaque ingrédient de ce contexte dans un unique objectif : laisser comme un-petit-goût-de-reviens-y dans l’esprit de nos jeunes consommateurs.

Jean-Pierre Couteron nous rappelle que « le travail de l’éducation est de faire contrepoids à la culture dominante. » Alors, si la culture d’aujourd’hui prend racine dans une société addictogène, faisons contrepoids en éduquant nos enfants dans la quête de la liberté et de l’indépendance.

En complément à cet article, je vous invite à lire 4 clés face à la souffrance des ados.

 

  *Jean-Pierre Couteron est psychologue, président de la fédération Addiction

Conférences de Jean-Pierre Couteron « Les conduites addictives » du 28 mars 2014 et du 27 mars 2015, à Tarnos (40) organisées par l’Association de Recherche de Castillon

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2 commentaires

  • bonjour,
    bibliothecaires, nous faisons un dossier sur internet et les ados , celui ci sera mis en ligne dans quelques semaines à l’occasion d’une journée d’étude sur le meme sujet. voici la date de cette journee le 12 janvier 2016
    dans le19 eme arrondissement de paris
    j’ai pensé que t’en donné vos sujets, peut etre que cela vous interessera
    cordialement

    • Bonjour! Merci pour l’information. En effet un dossier internet et les ados, ça m’intéresse. Je suis une adepte de la Cité des Sciences même si j’habite très loin…

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